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« Il y a des sales types partout », retour sur la question des violences sexuelles dans le monde arabo-musulman.

Dans notre époque où cette qualité n'est pas très courante, il faut souligner le courage d'un homme, Kamel Daoud. Cet algérien, journaliste au quotidien d'Oran, a en effet publié un texte dans lequel il revient sur les évènements de Cologne du 31 décembre. Il y évoque « nos liens malades avec le désir, le corps et la femme ». L'homme courageux se double ici d'un esprit libre dans l'examen des faits.

 

Sa position n'est pourtant pas sans risque : les habituelles menaces venues de son propre camp se sont croisées avec les critiques acerbes issues du féminisme européen, prompt à affirmer « qu'il y a des violeurs et des sales types partout » et que donc il n'y a aucune spécificité liée à la culture. Cette dernière affirmation se heurte pourtant à tout ce que nous savons dans le champ de l'anthropologie de la violence, dès lors qu'il est débarrassé de toute scorie idéologique.

 

La violence, pas uniquement la violence sexuelle, est fondamentalement différentielle et culturelle. Les normes sociales qui l'encadrent sont variables dans le temps et dans l'espace des sociétés humaines. Les sociétés les plus violentes peuvent devenir les plus pacifiques, mais tous les retours en arrière sont toujours possibles. Les pays arabo-musulmans, du fait de normes sociales souvent très imprégnées de normes morales spécifiques, maintiennent un certain nombre de violences sexuelles envers les femmes et les homosexuels dans un cadre de légitimité très différents de ce qu'il est dans d'autres cultures.

 

Bien sûr, à l'intérieur de l'espace arabo-musulman, il y a aussi des différences de ce point de vue, avec des mœurs plus ou moins violentes et aussi des approches individuelles et subjectives très variables. Mais, dans l'ensemble, partout où nous pouvons avoir des statistiques et des ensembles fiables de témoignages, comme par exemple en Egypte, où Amnesty international a fait un important et rigoureux travail, le constat est bien que le niveau de violence sexuelle envers les femmes, se situe à un étiage sensiblement plus élevé par rapport à ce qu'il est, par exemple, dans les pays européens.

 

Ces derniers ont, sur la longue période historique, réduit constamment le niveau de violence dans tous les domaines, même si on remarque souvent que les violences sexuelles diminuent moins que d'autres violences comme l'homicide par exemple, dont la réduction a été drastique en Europe de l'Ouest. Ce processus de pacification a notamment été permis par la disjonction des normes sociales et des normes morales. Leur confusion avait conduit, jusqu'au XIXème siècle en France, à ce que la victime victime de viol soit punie au même titre que l'agresseur, car contaminée par le même mal...

 

La question de l'immigration pose celle de la différence des mentalités, entre des populations qui n'ont pas la même histoire de ce point de vue. Les migrants de Cologne ont transporté avec eux des mœurs qui étaient ceux de leur pays d'origine et il est fort probable que ceux qui ont commis les faits du 31 décembre ont du être sincèrement étonnés de ce que leur comportement soit considéré, ici, comme délinquant, là où, d'où ils viennent, ils sont largement tolérés par une culture qui considère légitime moralement d'agresser les femmes « libres ». Il faut aussi noter dans ce cadre, même si ce propos mal vu par certains et, dans certains cas, interdit de statistique, que les personnes issus du monde arabo-musulmans vivant en France, comme étrangers ou comme naturalisés, sont souvent surreprésentés parmi les délinquants sexuels*

 

Aussi affirmer « qu'il y a des sales types partout » et qu'il y a donc une équivalence statistique du point de vue des violences sexuelles dans tous les pays et dans toutes les cultures, est, au mieux, un argument de mauvaise foi, qui n'a rien à voir avec la réalité des faits. Au pire ceux qui le défendent connaissent les faits mais voudraient qu'on les dissimule au prétexte sans doute que cela conduirait à la « stigmatisation » des intéressés et de leur culture.

 

C'est ce désastreux raisonnement intellectuel auquel Kamel Daoud s'est opposé en tentant simplement de rappeler les faits. Il a été soutenu depuis par une autre journaliste, franco-tunisienne, Fawzia Zouari, qui soutient elle aussi qu'il y a une « psychologie de la foule arabe » et un «  rapport pathologique à la sexualité induit par la morale religieuse »**

 

Nier la différence, toujours temporaire, des cultures n'est pas simplement une injure à la science et aux faits qu'elle s'emploie à dégager. Elle comporte aussi de multiples effets pervers. En ne cherchant pas à comprendre, elle contribue à bloquer les changements et les évolutions nécessaires. Au final cette position pseudo universaliste se révèle surtout assez xénophobe, en ce qu'elle nie l'autre dans sa culture et donc dans sa capacité à la faire évoluer.

 

Philippe Breton

ovipal

9 mars 2016

 

* voir par exemple le reportage de Richard Poirot, dans Libération du 4 mars 2016, « Les femmes face au bal des vampires »

** Libération, 3 mars 2016, « L'affaire Kamel Daoud : la polémique sur l'Islam et les femmes n'en finit pas » par Cécile Daumas



09/03/2016
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