. . . . OVIPAL - OBSERVATOIRE DE LA VIE POLITIQUE EN ALSACE . . . .

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La laïcité, un concept protéiforme

Le concept de laïcité a ceci de particulier qu’il fait l’objet à la fois d’un large consensus, du moins apparent, et d’un débat permanent. L’une des raisons de cette tension résulte de la distance, inévitable, entre la définition du concept et son application. D’un point de vue philosophique, la laïcité correspond au libéralisme politique appliqué à la religion. Elle implique la neutralité de la sphère publique par rapport à la religion et le respect de toutes les religions et de toutes les croyances (dont l’athéisme). Sa mise en œuvre repose sur la séparation entre la sphère publique (la sphère neutre) et la sphère privée (sphère où s’exercent les libertés individuelles). Cette organisation a pour but de permettre le « vivre ensemble » de personnes aux religions et croyances différentes.

Les différences d’interprétation sur la façon d’appliquer ces principes résultent du fait que la séparation entre les sphères publiques et privées est poreuse. Les débats récents permettent d’illustrer ce problème.

-       les menus dans les cantines scolaires : faut-il au nom de la laïcité (le respect de toutes les religions) accepter le principe de menus particuliers pour certains enfants dont la religion interdit de manger certains aliments ? Ou bien faut-il imposer des menus identiques à tous au nom de la laïcité (la sphère publique n’a pas à s’organiser en fonction des croyances des uns et des autres qui relèvent de la sphère privée) ?

-       les signes religieux vestimentaires : faut-il au nom de la laïcité (la neutralité de la sphère publique) interdire des signes religieux aux seuls agents publics (enseignants, juges etc…) ou faut-il étendre l’interdiction aux usagers (les élèves) ? Et dans ce cas, jusqu’où l’interdiction doit-elle aller ? La façon de s’habiller ne relève-t-elle pas de la liberté individuelle (et donc de la sphère privée) y compris lorsque l’on entre dans un lieu public ? La loi de 2004 sur les signes religieux à l’école (pas de signe ostentatoire) est un compromis. Mais un grand nombre d’autres compromis auraient été possibles. Et cette loi n’a pas mis fin au débat qui récemment s’est déplacé sur le terrain de la longueur des jupes.

 

La religion n’est pas seulement un phénomène privé mais également un phénomène social, et par conséquent visible dans l’espace public. La séparation entre les sphères publiques et privées est une construction, au nom d’un principe philosophique, mais elle ne s’impose pas d’elle-même. Du point de vue du libéralisme politique, dont découle la laïcité, il s’agit de concilier la neutralité de la sphère publique et le respect de toutes les religions et de toutes les croyances (dont l’athéisme). D’un point de vue idéaltypique, deux types d’options inspirent les législations des différents pays européens :

Option n° 1 : la sphère publique n’accepte aucune religion, mais garantit leur libre exercice dans la sphère privée.

Option n° 2 : la sphère publique accepte toutes les religions, sur la base d’un pluralisme religieux et d’une liberté de choix des personnes (enseignement religieux à l’école publique mais sur une base facultative)

L’option n° 1 repose sur l’idée de la séparation entre la sphère publique et la sphère privée. La difficulté réside dans la gestion de cette séparation (cf. les deux exemples précédents). Selon l’option n° 2, la sphère publique constitue le prolongement de la sphère privée. Dans les pays correspondant à cette option, la difficulté réside dans l’organisation du caractère facultatif d’une part et de l’égalité entre les religions d’autre part, qui ne sont pas respectés partout. Chaque option présente ses avantages et ses ambiguïtés.  Et les débats ont lieu dans de nombreux pays européens (place du crucifix dans les salles de classe en Bavière, enseignement de l’Islam dans les écoles à Berlin, caractère facultatif de l’enseignement religieux en Belgique etc…).

L’Alsace-Moselle quant à elle s’apparente à l’option n° 2, pour des raisons historiques, mais appartient à un pays, la France, où l’opinion publique raisonne sur la base de l’option n°1.

Cette superposition entre ces deux options a pour effet de rendre les débats riches mais également difficiles du fait de l’imbrication entre plusieurs enjeux (référence au droit local, principe d’unité nationale, place de l’islam etc...)

 

 

  Bernard Schwengler

  ovipal

  version du 10 mai 2015.



19/05/2015
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