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La revanche de « Nuit debout » et les nouvelles bases générationnelles de la politique

Vainqueur en pourcentages, Hamon n’en reste pas moins minoritaire dans son propre camp. Sa dynamique, héritière de Nuit debout, s’appuie sur une base générationnelle enthousiaste mais étroite, les 18-30 ans. A la faveur de l’hémorragie actuelle des cadres et des élus, va-t-il transformer le vieux PS en un « mouvement » , à l’instar de Macron et de Mélenchon, qui jouent habilement de cette nouvelle forme de l’expression politique : un rassemblement souple d’individus autour d’un homme et de son projet ?

 

 

On pourra tirer au moins deux enseignements de la victoire de Monsieur Hamon à la primaire du PS. La première est que ce dernier, vainqueur dans les urnes, n’en est pas moins minoritaire dans son propre camp. Il a gagné certes par l’élan propre de sa campagne mais aussi à cause du refus d’aller voter de nombre de sympathisants du PS et de la gauche, littéralement anesthésiés par le bilan de leur président et alors qu’ils étaient probablement majoritaires.

 

L’hémorragie ouverte par la blessure qu’ils ont subi dimanche soir, risque de vider rapidement le PS d’une partie de ses forces vives. Hamon, visiblement, n’en a cure, qui voit une majorité gouvernementale autour des Verts (de ce qu’il en reste) et de Mélenchon (pas près pourtant à saborder l’influence personnelle qu’il a acquise à la force du poignet). Ce nouveau « rassemblement » qui ponctue un cycle du PS, est à la fois limité et fracturé. C’est le prolongement des « Nuits debout » qui trouvent là un débouché politique inattendu mais au fond assez logique.

 

Malgré cela, et c’est le deuxième enseignement de ce scrutin, il y a indéniablement autour de Benoit Hamon un véritable enthousiasme et un élan utopique chaleureux, au point d’oublier tout réalisme. On reviendra ultérieurement, car ce phénomène n’est pas  sans conséquence pour l’avenir, sur l’étrange « rapport au réel » qui anime ce mouvement, comme d’autres d’ailleurs. Interrogeons-nous pour l’instant sur la petite armée dynamique des sympathisants, des militants et des cadres qui entourent maintenant l’éternel jeune homme.

 

C’est plus le MJS que le PS, c’est plus les 18-30 ans que le reste des autres générations. Le PS aurait-il troqué sa base sociale pour une base générationnelle ? Nul doute que cette tranche d’âge ne soit directement intéressée par le « revenu universel ». Elle ne paye pas encore d’impôts et serait bien preneuse d’un revenu stable sans contrepartie. Issue de « Nuit debout », et largement présente dans les manifestations contre la Loi travail aussi bien que contre Notre-Dame des Landes, elle représente une énergie générationnelle qu’a bien su incarner Benoit Hamon, jusque dans son style personnel, tout de sourire complice et de caban élimé.

 

On se demandera plus largement si la question générationnelle, qui a su être un déterminant politique à certaines époques de l’histoire, ne revient pas sur le devant de la scène. Schématisons : Hamon capte la frustration des 18-30 ans urbains et en fait sa base électorale. Macron parle bien au 30-45 ans, notamment dans les milieux fervents de nouvelles technologiques, prompts à soutenir toutes les dérégulations. Et Fillon ? Là au moins c’est clair, son électorat est celui des plus de cinquante ans, moins urbain, plus banlieue aisée. Manque à l’appel le FN, qui reste, dans ce découpage un peu grossier, un parti trans-générationnel, péri-urbain, et flambeau des oubliés de tout âge.

 

Le phénomène générationnel est bien visible en Alsace, où, si l’on regarde bureau de vote par bureau de vote,  Hamon l’a remporté massivement dans les villes et dans les quartiers jeunes, contre l’avis de la plupart des cadres et élus locaux du PS, qui avaient appelé à voter Valls.

 

En conclusion une dernière observation, qui concerne aussi l’avenir : la tendance croissante à ce que la politique s’exprime à travers des « mouvements » autour d’un seul homme, tribun de préférence, plus proche du télé-évangéliste que de l’homme politique traditionnel.

 

C’est le cas pour Mélenchon, mais aussi pour Macron, qui jouent habilement de cette nouvelle forme du politique, plus appropriée à l’individualisme de l’époque que le collectif d’un parti. L’avenir de Hamon est peut-être dans la destruction du PS comme parti et sa transformation en un rassemblement souple et enthousiaste autour de sa personne. Vu l’hémorragie de ses cadres et de ses élus qui vient de commencer, cette transformation du PS se fera peut-être toute seule, et plus rapidement qu’on le croit.

 

Philippe Breton

Ovipal

30 janvier 2017



30/01/2017
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