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La stratégie du "Front républicain" conduit-elle à la radicalisation des électeurs du FN ?

La stratégie du Front républicain au deuxième des régionales a techniquement réussi mais elle a politiquement échoué. Accompagnée d’une dramatisation sur le thème « c’est le seul moyen d’éviter la guerre civile », ou  de « faire barrage au racisme » n’a-t-elle pas cependant un effet de radicalisation et de fidélisation de l’électorat par ailleurs croissant du Front national

 

Le maintien de la candidature de Monsieur Masseret, même si elle s’est gauchisée en fin de campagne,  avait soulevé une question qui dépassait largement les enjeux régionaux : celle de la pertinence de la stratégie dite « du Front républicain ».

 

Cette interrogation traverse maintenant tout le PS et au delà, elle soulève des interrogations chez Les Républicains.

 

Mieux comprendre la pertinence de la stratégie du Front républicain est probablement l’un des enjeux essentiels de l’analyse post électorale des régionales, notamment en vue des présidentielles de 2017.

 

Réussite technique mais échec politique

 

Première remarque, qui renvoie à l’excellent article de Bernard Schwengler dans cette livraison, la stratégie de « Front républicain » qui a prévalu  au deuxième tour des régionales, est venue parer l’échec du premier rempart qui avait été imaginé à la progression du Front national. Comme le montre Schwengler, les règles électorales avaient déjà été modifiées après les régionales de 2010, pour passer de la proportionnelle au scrutin majoritaire, censé être plus efficace pour contenir le FN.

 

Dans ce contexte, il faut constater que la stratégie du Front républicain au deuxième tour (dans les trois régions menacées par le FN) a techniquement réussi mais que peut-être elle a politiquement échoué. Le FN ne s’y est pas trompé, qui a accueilli somme toute assez sereinement les résultats, sur le mode « techniquement on a perdu : pas de présidence, mais politiquement on a gagné : notamment en nombre de voix ».

 

Il n’est pas difficile non plus de constater que le Front républicain constitué à cette occasion (les élections régionales) s’est fait sur une alliance tactique de circonstance (et non valable sur l’ensemble du territoire), et pas sur des accords politiques, qui seraient éventuellement contraignants dans la future gestion des régions.

 

Un effet collatéral

 

Ces éléments, assez peu contestables, nourrissent une deuxième remarque, peu entendue dans les nombreuses analyses issues du scrutin. La stratégie de Front républicain, accompagnée d’une dramatisation sur le thème « c’est le seul moyen d’éviter la guerre civile », ou  de « faire barrage au racisme » n’a-t-il pas un effet de radicalisation et de fidélisation d’un électorat par ailleurs croissant du Front national ?

 

La réponse à cette  question demanderait une enquête plus approfondie auprès des intéressés. Dans l’immédiat on voit remonter de nombreux témoignages de colère, de frustration, d’électeurs ne comprenant pas l’ostracisme et la stigmatisation dont ils sont l’objet. D’électeurs modérés du Front national, ils se transforment ainsi, face au mur rigide et inflexible du « barrage républicain », en électeurs radicaux.

 

Il faudra aussi s’interroger sur la résonnance et l’effet que peut avoir, dans ce processus de radicalisation mentale, l’évocation de « la guerre civile » dont leur comportement serait potentiellement porteur. Si certains n’en avaient pas eu l’idée, voilà, maintenant, c’est fait.

 

Il faut compter également sur la validation des thèses que certains de leurs dirigeants leur proposent et qui parlent de la « connivence secrète » entre les partis de droite et de gauche. Le spectacle des échanges entre Roland Ries et Philippe Richert, dans l’entre deux tours et au lendemain du deuxième tour, alternant congratulations mutuelles et échanges de service, renforcera les fantasmes  autour d’une classe politique unies dans un complot global.

 

Enfin on remarquera que cette stratégie d’isolement et de confinement d’électeurs pourtant de plus en plus nombreux génère chez eux un sentiment de communauté victime et solidaire et contribue à les durcir dans leur choix de soutenir un parti qui apparaît comme la clé de voute d’une nouveau peuple. On sait ce qu’il est advenu dans l’histoire de ce paradigme mortifère.

 

L’augmentation de la radicalité violente

 

Le ressort anthropologique fondamental du succès des partis populistes, d’extrême droite ou se revendiquant de la droite forte (comme d’ailleurs, à une autre échelle, des partis d’extrême gauche) est leur capacité à s’appuyer, et à développer, les marges de radicalité que la société moderne n’arrive pas à réduire dans son processus de pacification. Ces partis ne sont désormais plus les seuls à activer ces formes de radicalité ouvertes à la violence pour les capter à leur profit. Les thuriféraires du Front républicain s’y emploient désormais avec ardeur.

 

Ce qui n’était jusque là qu’un dégât collatéral de leur stratégie politique est devenu, depuis ce mois de décembre, un axe central. Le prix de la mobilisation in extremis de quelques abstentionnistes pour des objectifs politiciens à court terme est lourd. Nous risquons de payer cher le bond en avant de la radicalité violente qu’il a généré.

 

Philippe Breton

Ovipal

Version du 15 décembre 2015



15/12/2015
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