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Macron est-il à gauche de Le Pen ?

Cette question, un brin provocatrice, permet d’illustrer la recomposition en cours avec la qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen pour le second tour de la présidentielle. Le clivage droite-gauche, constitué principalement sur la question du rapport au marché – droite libérale versus gauche interventionniste – a été devancé par le clivage ouverture-fermeture, opposant les partisans de la poursuite de l’intégration européenne et d’une façon plus générale de la mondialisation d’une part aux partisans du rétablissement des frontières – arrêt de l’immigration, protectionnisme – et de la remise en cause des accords internationaux (Union européenne, OMC…) au nom de la souveraineté nationale d’autre part.

 

Certes, le clivage droite-gauche n’a pas entièrement disparu mais ses représentants, Fillon et Mélenchon, relégués aux 3e et 4e places, ont été éliminés du second tour. Et pour ceux qui ont l’habitude de se prononcer en fonction de ce clivage, il peut être difficile de faire un choix pour le second tour. Macron est-il à gauche de Le Pen ? La réponse semble aller de soi pour ceux qui continuent de classer le Front national à l’extrême-droite. Mais si l’on compare les programmes des deux candidats en fonction de critères tels le rapport au marché et à la protection sociale, on risque d’aboutir à une réponse pour le moins inhabituelle. Tant il est vrai que le propre des recompositions politiques est de rebattre les cartes.

 

Ce n’est évidemment pas la première fois que ce type de phénomène, appelé réalignement électoral par la science politique, se produit. Que l’on se souvienne, en ce qui concerne la France, du remplacement à la fin des années 1870 du clivage opposant les royalistes (la droite) aux républicains (la gauche) par celui opposant les républicains modérés aux républicains radicaux, avant que celui-ci ne soit à son tour ébranlé par l’entrée de la question sociale dans le champ politique et l’apparition des partis ouvriers.

 

Par ailleurs le clivage ouverture-fermeture n’est pas nouveau en France. Il avait structuré le vote, ainsi que les débats, au moment des référenda européens de 1992 (sur l’euro) et de 2005 (sur le traité constitutionnel). Et il était parvenu à ébranler le clivage droite-gauche lors de la présidentielle de 2002. C’était l’époque, pas si lointaine où Jean-Pierre Chevènement rêvait de « turbuler » le système et évoquait un rapprochement des républicains des deux rives, les souverainistes à droite et les républicains-citoyens à gauche. Et au bout du compte, il y avait bien eu un tremblement de terre – la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour – mais pas là où il était attendu. Au demeurant, ces turbulences furent de courte durée et l’ancien clivage reprit le dessus dès les législatives de 2002, le Front national ne parvenant pas à faire son entrée à l’Assemblée nationale et le parti socialiste redevenant le principal parti d’opposition. Et la récupération par Nicolas Sarkozy des thèmes sécuritaires du Front national, suivi de l’effondrement de Jean-Marie Le Pen à la présidentielle de 2007 pouvaient laisser présager une restauration durable de l’ordre ancien autour du clivage droite-gauche. Mais les apparences sont souvent trompeuses.

 

La recomposition à l’œuvre à la présidentielle de 2017 semble plus radicale que celle de 2002, puisque cette fois-ci ce sont les candidats des 2 principaux partis qui dominaient la vie politique française depuis des décennies (LR et PS) qui sont éliminés à l’issue du premier tour. Et par ailleurs, alors que le second tour de 2002 avait eu lieu sur le mode « les républicains tout clivage confondu – contre l’extrême-droite » et s’était traduit par un score du type 80% contre 20%, cette fois-ci on se dirige plutôt vers un score du type 60% - 40% correspondant bel et bien au clivage ouverture- fermeture.

                 

Il n’est cependant pas certain que le séisme en cours aboutisse à une recomposition durable. Tout dépendra de la configuration que prendra l’Assemblée nationale à l’issue des législatives de juin prochain.

 

Bien qu’il soit absolument impossible de prévoir le résultat des prochaines législatives, on peut se risquer à effectuer certaines hypothèses :

Hypothèse 1 : les macronistes ont une majorité à l’Assemblée nationale et le FN parvient à supplanter LR comme principal groupe d’opposition. Dans ce cas le clivage ouverture-fermeture aura bel et bien éclipsé le clivage droite gauche. Mais ce n’est pas l’hypothèse la plus probable.

 

Hypothèse 2 : les macronistes ont une majorité à l’Assemblée nationale et LR constitue le principal groupe d’opposition. Ce sera le retour à un clivage gauche- droite avec une gauche sociale-libérale de type blairiste et une droite qui hésitera entre un pôle radical et un pôle modéré

Hypothèse 3 : LR gagne les législatives. On aura également un clivage droite-gauche, mais cette fois avec une droite rassemblant LR et les macronistes et une gauche soit de type sociale démocrate soit plus radicale, en fonction des rapports de force issus des législatives.

D’autres scénarii sont évidemment possibles.

 

Quoi qu’il en soit, il est probable que le véritable second tour de la présidentielle, cad celui qui va déterminer le cours politique des 5 prochaines années, aura lieu non pas le dimanche 7 mai, mais les 11 et 18 juin. 

 

Bernard Schwengler

ovipal

26 avril 2017

 

 



27/04/2017
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