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Front national : du vote de protestation au vote d’adhésion

Au-delà de leur niveau très élevé - 35% des voix dans l’ACAL - les scores du Front national aux régionales de 2015 reflètent  la modification profonde dans la nature du vote Front national par rapport à ce qu’il avait été de 1984 à la fin des années 2000, modification à l’œuvre depuis les cantonales de 2011. De 1984 à la fin des années 2000, le vote Front national était un vote essentiellement protestataire.

 

Ses scores étaient directement liés au niveau de la participation électorale. Ils étaient élevés aux présidentielles, qui se caractérisent par une mobilisation électorale forte, et nettement plus faibles aux autres types d’élections, et notamment aux européennes, qui sont les élections qui mobilisent le moins. Une partie importante de ses électeurs étaient des électeurs occasionnels qui oscillaient entre vote Front national (aux présidentielles) et abstention (aux autres élections). Il s’agissait d’électeurs peu politisés et dont l’opposition aux partis politiques se manifestait soit par un vote Front national soit par de l’abstention.

 

La seconde caractéristique du vote Front national était celle du plafond de verre en cas de second tour. Lorsque ses  candidats parvenaient à se maintenir au second tour, ils ne disposaient pas de réserves de voix leur permettant d’améliorer leur score du premier tour. Le score de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 fut à peine plus élevé que son score du premier tour. Et il en alla de même des scores de la liste Binder en Alsace aux régionales de 2010 (14,6% des voix au second tour contre 13,5% au premier tour).

           

Ces caractéristiques du vote Front national prirent fin à partir des cantonales de 2011. A ces élections, où la participation électorale fut relativement modeste, il obtint des scores aussi élevés que ses scores habituels aux présidentielles (près de 20 % des voix en Alsace). Et au second tour, il progressa de près de 10 points par rapport à ses scores du premier tour. Ce scénario se répéta aux européennes de 2014, où, avec une participation électorale faible, il améliora son score de la présidentielle de 2012 (qui était déjà un record) et à nouveau aux cantonales du printemps 2015 (25% des voix aux européennes de 2014 et aux cantonales de 2015 contre 18% à la présidentielle de 2012, au niveau national). En plus du fait que le nombre de ses électeurs augmente d’élections en élections, le vote Front national est devenu un vote d’adhésion. Plusieurs éléments permettent de rendre compte de cette évolution.

 

           

Le fait que Marine Le Pen, qui a succédé à son père à la présidence du parti en 2011, ait mis fin aux écarts de langage et aux provocations dont celui-ci avait fait sa marque de fabrique, a eu pour effet de modifier l’image du Front national. Il n’apparaît désormais plus seulement comme un parti anti-système mais également comme un possible parti de gouvernement.

           

Et surtout, à partir de 2011, le Front national a effectué un recentrage de son discours et de son programme vers des thèmes tels la laïcité et le social qui le placent au cœur du débat politique. Avec la laïcité, qu’il utilise contre l’islam, il se situe dans le prolongement d’un courant d’idée qui constitue l’un des socles de l’idée républicaine en France, qui considère la religion comme un danger potentiel pour la république, et qui a été réactivé au début des années 1990 avec l’affaire des foulards dans les établissements scolaires. Le recentrage du discours du Front national vers la laïcité s’est accompagné d’une inflexion de sa position sur l’immigration, qui était présentée comme un problème économique au cours des années 80 et 90 (le slogan de Jean-Marie Le Pen : 3 millions d’immigrés = 3 millions de chômeurs) et qui est désormais dénoncée sous l’égide du thème de « l’islamisation de la France »

 

Il en va de même avec son programme économique et social, qui est désormais en phase avec la composition populaire de son électorat. Le programme économique et social du Front national des années 80 et 90 était protectionniste par rapport à l’extérieur et anti-étatiste à l’intérieur, avec notamment une dimension anti-fiscaliste marquée. Contrairement à ce qui est souvent prétendu, il ne correspondait pas à de l’ultralibéralisme mais à un point de vue de défense des intérêts des petits artisans et commerçants, dans la lignée des idées poujadistes des années 1950. Il a été remplacé par un programme favorable à l’intervention de l’Etat, plus seulement par rapport à l’extérieur (protectionnisme) mais également à l’intérieur. La dimension sociale de ce programme le fait désormais apparaître comme un parti de défense du monde du travail, et notamment des salariés, face à la mondialisation libérale.

 

Sous la présidence de Jean-Marie Le Pen, le positionnement anti-système du Front national et les déclarations sulfureuses de son chef, souvent liées à la seconde guerre mondiale (sur le Maréchal Pétain, l’occupation allemande, les races etc…) le faisaient apparaître comme un parti d’extrême-droite, dans la lignée de Vichy ou des mouvements de l’entre-deux-guerres. Désormais, du point de vue des thèmes qu’il aborde, il n’est plus à l’extrême-droite mais au centre du discours politique. Et il se distingue des autres partis politiques, non par les thèmes, mais dans sa façon plus radicale de les traiter.         

 

En terme électoral, la crise des réfugiés ainsi que les attentats de novembre 2015 ont eu pour effet d’accélérer un processus à l’œuvre depuis le début des années 2010.

 

 

 

                                                                                 

6 décembre 2015

Bernard Schwengler

OVIPAL



08/12/2015
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