. . . . OVIPAL - OBSERVATOIRE DE LA VIE POLITIQUE EN ALSACE . . . .

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La BNU, l'université et l'Etat

Suite des chroniques sur la Nouvelle Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg (BNUS). Trois dossiers cruciaux dans lesquels Albert Poirot, administrateur, s’est investi, avec les personnels de son établissement au cours de ces dernières années : chantier de la restauration complète du bâtiment de la place de la République, inauguré en 1895 (l’Alsace était alors dans l’Empire allemand), celui du contrat de site 2013-2017 et de la convention d’association avec l’université de Strasbourg, celui du Schéma directeur de la documentation universitaire pour le site alsacien (dans le cadre du contrat de site).

P1120986Chacun de ces dossiers (phases de conception, de financement, de réalisation, de suivi d’avancement, d’évaluation) met en relation plusieurs partenaires : la BNUS elle-même, l’Université de Strasbourg, chef de file du contrat de site, l’État (le rectorat, l’administration centrale du ministère). J’omettrai ici d’analyser le partenaire Collectivités territoriales. Les relations entre ces partenaires impliquent un grand nombre de réunions, des contacts formels et informels, des discussions, des négociations et des compromis, des tensions voire des conflits, des opérations de communication institutionnelle.

 

Le Chantier de la nouvelle BNUS. Albert Poirot, du corps professionnel des Conservateurs de bibliothèque et administrateur de la BNUS, est satisfait par la réorganisation complète de l’intérieur du bâtiment par l’Agence d’architectes Nicolas Michelin & Associés. Une restauration importante avait eu lieu dans les années 50 du 20ème siècle ; une 3ème vie s’ouvre maintenant pour la Bibliothèque Nationale. Albert Poirot est fier de la métamorphose des lieux et des nombreuses innovations techniques réalisées, incluses dans le bâti même. En décembre 2015, son second mandat d’administrateur prendra fin : nommé en 2006, il a eu le bonheur de pouvoir suivre l’intégralité du projet. Certes, beaucoup de fatigue a été accumulée par les personnels et par lui au cours des dernières années, mais, au final, c’est la satisfaction du devoir accompli, de meilleures conditions de travail et d’études pour les usagers et les personnels.

Maîtrise d’ouvrage assurée par le Rectorat (académie de Strasbourg) et donc par l’État (par l’administration centrale du Ministère). Sans langue de bois, Albert Poirot avoue qu’au cours du chantier il a été régulièrement agacé par le pilotage presque uniquement centré sur les indicateurs : nombre de places assises et de documents en accès direct (ils seront un peu moins nombreux que prévu, certains murs étant encombrés par des dispositifs techniques), nombre d’heures d’ouverture par semaine (l’objectif des 80 heures par semaine sera atteint), nombre de lecteurs.

Plus conflictuelle encore a été la négociation de la dotation de premier équipement. L’enveloppe actée au départ du Chantier (entre 1,8 et 2,4 millions d’euros) a été finalement revue à la baisse : 1,2 million seulement. Albert Poirot résume la situation de manière courtelinesque : "il faut arrêter de discuter du nombre de petites cuillers".

Contrat de site Alsacien et Convention d’association entre l’université de Strasbourg et la BNUS. Le contrat de site (2013-2017) a été signé le 5 juin 2013 au Ministère. Document de 242 pages comportant les indicateurs de performance, des annexes Recherche et formation des établissements, une annexe financière : 5 millions d’euros en masse salariale et 2,5 millions d’euros pour la politique documentaire pour l’ensemble de la période 2013-2017. Pour ce contrat de site, Albert Poirot ne cache pas sa satisfaction : 13 postes supplémentaires obtenus, alors que les effectifs étaient restés stables au cours des dix dernières années ; la progression est significative (de l’ordre de 10%).

Convention d’association entre l’UNISTRA et la BNUS. La convention a été signée fin mars 2014 par les deux partenaires. Le CA de la BNUS l’a votée à la quasi-unanimité. Les représentants du personnel ont donc voté "pour" (reconnaissance de l’implication du personnel de l’établissement, moyens supplémentaires obtenus). Ils ont donné leur accord pour l’augmentation des heures d’ouverture aux usagers (80 heures par semaine, dimanche compris). Texte soumis au vote des 4 établissements concernés par la Convention. Extraits de la partie de la convention entre UNISTRA et BNUS.

Schéma directeur de la documentation universitaire (mars 2014). Les orientations de ce schéma ont été actées dans le contrat de site signé en juin 2013. Extraits de la partie 3 : une politique de la documentation en faveur de l’excellence de la recherche et de la formation. Ces orientations devaient se concrétiser en 2014 dans un schéma directeur : les délais ont été tenus.

Le schéma directeur (lire le texte) acte une série d’opérations concrètes, précises, pertinentes et rationnelles, opérations à réaliser au cours du contrat. Il établit la répartition des tâches… et des pouvoirs entre la BNUS, l’université de Strasbourg et les autres partenaires. "Le pilotage de la réflexion sur le schéma directeur de la documentation incombe à la BNU, de par sa place centrale au cœur du dispositif documentaire du site, sa vocation pluridisciplinaire et sa dimension internationale. Il se fait sous la direction d’un comité de pilotage, qui valide les axes stratégiques du schéma directeur, leur mise en œuvre et le suivi du plan d’action. Ce comité comprend notamment des représentants des quatre établissements, signataires du contrat et des deux établissements associés, et sa composition est arrêtée par les instances de ces derniers". Pilotage du schéma par la BNUS, sous la direction d’un comité (j’ajouterais : "d’un comité décisionnaire").

Ce type d’organisation, de gouvernance peut-il créer des tensions entre l’université de Strasbourg et la BNUS, entre le président de l’université Alain Beretz et l’administrateur de la BNUS Albert Poirot ? Deux faits incontestables. 1. Alain Beretz est une personnalité plus connue, régionalement et nationalement, qu’Albert Poirot ; les médias lui donnent plus souvent la parole ; il est capable de la contrôler, de ne pas en abuser. 2. L’université de Strasbourg possède un fonds documentaire et un service commun de documentation plus importants que ceux de la BNUS. Le tableau de la page 6 du schéma directeur en est témoin (chiffres clés de 2012). La nouvelle BNUS devrait rattraper son retard relatif sur certains des critères du tableau, vu la restauration de son bâtiment historique et les missions que lui donnent le contrat de site et le schéma directeur.

Mais il ne suffit pas d’écrire, dans un texte officiel, les objectifs d’un schéma directeur de la documentation : de nombreux grains de sable peuvent en empêcher la réalisation. Celle-ci suppose beaucoup de confiance au quotidien. La confiance se construit dans la longue durée ; la rupture de la confiance peut être immédiate, en conséquence d’un propos Off, d’un geste, d’un sourire, d’un acte inadéquats. Le schéma directeur est ambitieux et innovant ; il mérite d’être réalisé pleinement. Il ne le sera pas si la convention d’association entre l’université de Strasbourg et la BNUS se traduit, dans les faits, par une domination de la première sur la seconde. La BNUS n’est pas, ne doit pas être un service, fût-il de prestige, de l’université.

Pour aller plus loin. Chantier de la BNU 2010-2014 (photos) ; Fin de chantier : la remise des clefs (photos) ; La BNUS et ses théologiens (photos). 39 chroniques du blog sur les Bibliothèques universitaires.



09/05/2014
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