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La nouvelle réforme territoriale : une chance pour la culture alsacienne ?

L’effet collatéral de la réforme territoriale est de disjoindre, en Alsace, le culturel et le politique. C’est une chance pour la région et tout ceux qui défendent le principe d’une véritable culture alsacienne, ouverte et enfin libérée des enjeux politiques.

 

Au delà de l’échec des manœuvres politiques et des frustrations identitaires, ne faut-il pas, lucidement, analyser la nouvelle réforme territoriale comme une chance historique pour l’Alsace et sa culture ? Cette réforme, qui aboutit à la création, par le législateur, d’une grande région Est, l’ALCA, a permis une clarification historique en permettant une disjonction entre l’Alsace culturelle et l’Alsace politique. La poursuite de la confusion de ces deux registres n’aurait-elle pas été le chant du cygne de la spécificité alsacienne ?

 

Les institutions créées par la Vème république, dans ses différentes phases de décentralisation depuis 1969, et notamment avec la création formelle d’une Région Alsace, regroupant les deux départements créés à la Révolution, ont entretenu en Alsace l’illusion d’une confusion possible entre la langue, la culture et les traditions alsaciennes et le fait que celles-ci devaient constituer le socle de l’organisation politique de la région.

 

A contrario d’une Europe qui a cherché à construire une paix durable entre les nations la constituant précisément en construisant une identité politique en dehors des particularismes culturels, l’Alsace jouait discrètement la carte de la réarticulation du politique sur le culturel. C’était le sens du préambule, très identitaire, du projet d’assemblée « unique », un temps défendu, avec les difficultés que l’on sait, par les dirigeants de la Région, appuyés par une partie des forces de gauche et écologistes attachées à une certaine forme d’identité alsacienne.

 

Faut-il longtemps argumenter, au regard de l’expérience historique que nous avons sur ce sujet, pour conclure que construire une politique sur une identité exclusivement linguistique et culturelle est toujours porteur en germe d’immenses désordres ? Ne prend-on pas le risque concret de détruire une culture quand elle prétend s’ériger en politique ? N’y a-t-il pas là les ferments d’une division sociale entre habitants d’un même territoire ? Et puis, surtout, cela avait-il un sens dans une Alsace beaucoup plus ouverte qu’on se l’imagine parfois ?

 

Le véritable enjeu objectif de la réforme territoriale est bien l’inversion de cette dynamique de confusion du politique et du culturel. On ne soupçonnera pas que le législateur socialiste ait eu ce projet en tête, dans une perspective « jacobine » qui n’existe plus depuis longtemps. Les motifs réels de cette réforme territoriale sont trop confus, trop improvisés, pour que la disjonction radicale de l’institution politique et d’une quelconque base culturelle qu’elle institue, ne soit pas autre chose qu’un effet collatéral d’une législation erratique.

 

Le résultat, toutefois, est là, l’Alsace est libérée du poids et des risques qu’elle encourrait de voir sa réalité culturelle se couler dans les contraintes d’une représentation politique lui correspondant étroitement, pour le bénéfice d’une certaine classe politique mais pas pour celui de ses habitants et de sa diversité culturelle.

 

L’Alsace est enfin débarrassée de toute tentation de faire émerger, comme socle de cette représentation politique, un « peuple alsacien » opposé aux français de l’intérieur et aux autres « immigrés », européens ou extra-européens. Cette chance ne lui aurait probablement pas été offerte dans le cadre d’une région politiquement repliée sur elle-même, où la culture aurait été, à terme, épuisé par le politique, machine qui, à faire feu de tout bois, brûle finalement tout sur son passage, et surtout les racines.

 

C’est aux alsaciens, à ceux qui se reconnaissent, où qu’ils habitent d’ailleurs, dans cette histoire façonnées par de riches traditions mais aussi par trop d’heures sombres, de prendre en main désormais le développement et la modernisation de leur culture. Grâce à la réforme territoriale,  Ils peuvent désormais le faire librement. C’est un paradoxe, mais cette grande région est le meilleur creuset de la culture alsacienne…

 

Philippe Breton

Ovipal

Version du 6 janvier 2015



06/01/2015
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