. . . . OVIPAL - OBSERVATOIRE DE LA VIE POLITIQUE EN ALSACE . . . .

.       .   . . OVIPAL - OBSERVATOIRE DE LA VIE POLITIQUE EN ALSACE . . . .

Le FN désormais au centre de la dynamique électorale dans la région Est ?

 

Les deux indicateurs que nous avons dégagés montrent d’une part que les électeurs du FN sont désormais les moins volatils, et que d’autre part, la migration des voix en provenance des autres partis se fait largement en direction du FN. La dynamique de déplacement des voix entre 2012 et 2015 dessine une situation dans laquelle le FN est en tête avec une forte progression, suivi par le LR en légère régression, et, très loin, le PS qui s’effondre.

 

 

Plusieurs sondages récents ont mis en évidence la poussée de la liste FN conduite par Florian Philippot, au point de placer la liste conduite par ce dernier en tête du premier tour*. S’agit-il d’estimations solides ou bien les sondages doivent-ils être pris avec réserve ?

 

Deux indicateurs peuvent nous aider à évaluer les tendances du moment et à comprendre la dynamique électorale en cours sous nos yeux. Ces deux indicateurs, disons-le tout de suite, confortent l’hypothèse que le FN est bien, pour l’instant, au centre de cette dynamique.

 

Si ces tendances du moment devaient se confirmer jusque début décembre, il est possible de prévoir que la liste de Florian Philippot sera bien en tête au premier tour et que la probabilité qu’elle soit en tête au second tour est assez forte.

 

Prévoir le vote : un exercice délicat

 

Estimer les scores du FN relève d’un exercice délicat qui est rarement neutre. De plus les sondages, on le sait, ne reflètent l’état des sondés qu’à un instant T. Les sondages en ligne par internet peuvent également susciter des réserves sur un plan méthodologique.

 

De plus, annoncer par avance des scores importants pour le FN peut être l’objet d’une instrumentalisation politique. Le PS, notamment, a souvent utilisé la « peur du loup » pour rameuter ses électeurs et convaincre d’autres que la meilleure défense contre le vote FN n’était pas de voter à droite mais bien à gauche. Cette tactique semble maintenant utilisée par la droite, qui tente de rallier à elle des électeurs de gauche sur cette base.

 

C’est pourquoi il vaut mieux essayer de s’en tenir aux chiffres pour tenter de comprendre le plus objectivement possible la dynamique électorale en cours. C’est dans ce sens qu’au delà des sondages, on cherche des indicateurs qui les complètent.

 

 

Une dynamique électorale en faveur d’un déplacement de voix vers le FN

 

Le premier indicateur est issu d’une « matrice de transformation » des voix que nous fournit, quasiment en annexe, alors que c’est probablement sa donnée la plus importante, le sondage TNS Sofres-One point (13-23 octobre 2015). Il s’agit d’un sondage national, mais on peut le transposer au niveau de la région Est.

 

La question posée aux sondés est double :

 

  • pour qui avez-vous voté au premier tour des présidentielles 2012 et
  • pour qui envisagez-vous de voter au premier tour des régionales de 2015.

 

On mesure ainsi la dynamique de déplacement des voix et le changement de positionnement politique des électeurs. La limite méthodologique est ici qu’on n’a pas proposé le choix de l’abstention, ou du vote blanc, pour 2015. Le résultat n’en est pas moins édifiant, comme le montre le tableau que nous reproduisons ici :

 

 

 Capture d’écran 2015-10-30 à 09.33.28.png

 

 

 

La lecture de ce tableau conforte l’hypothèse selon laquelle le FN occupe bien le centre de la dynamique politique de ces élections :

 

  • Près de 10 % des électeurs ayant voté François Hollande indique vouloir voter pour le FN.

 

  • C’est le cas pour près de 20 % des électeurs ayant voté Nicolas Sakozy et de 10% des électeurs ayant voté Bayrou.

 

  • Seuls 62% des électeurs de François Hollande et 67% des électeurs de Nicolas Sarkozy maintiennent leur choix d’une élection à l’autre.

 

  • En revanche 92 % de l’électorat du FN maintient son vote.

 

Cette dernière donnée est essentielle, le FN apparaissant désormais comme à l’écart des mouvements browniens qui témoignent de la « versatilité » des électeurs et qui affectent les autres partis.

 

En clair, d’une part les électeurs du FN continuent à voter pour ce parti, et d’autre part, la migration des voix en provenance des autres partis se fait largement en direction du FN.

 

Si on applique la matrice de transformation reproduite plus haut à la région Est, on obtient bien un tiercé dans lequel le FN est en tête avec une forte progression, suivi par le LR en légère régression, et, très loin, le PS qui s’effondre.

 

 

Cet indicateur dynamique conforte la validité des sondages qui donnent de façon statique mais répétitive la première place au FN, grâce à une progression importante en termes de voix.

 

Les électeurs FN s’abstiennent désormais beaucoup moins

 

L’ovipal travaille actuellement à la mise en place d’un deuxième indicateur, sur la base de l’hypothèse selon laquelle un changement majeur est intervenu dans le vote FN au moins en Alsace. Pendant longtemps (depuis les élections régionales de 1994) d’importantes passerelles existaient entre le vote FN et l’abstention.

 

Contrairement à ce qui était généralement énoncé à ce sujet (« l’abstention profite aux extrêmes », énoncé probablement très idéologique), lorsque l’abstention était forte le vote FN était faible et réciproquement. On pouvait distinguer une catégorie de personnes qui tantôt votaient FN, tantôt s’abstenaient, au gré des élections, et dans les deux cas au nom d’une frustration quant au fonctionnement du monde politique.

 

La progression et la fidélisation du vote FN se serait faite grâce à ces anciens abstentionnistes qui désormais ne s’abstiennent plus (le réservoir des abstentionnistes étant maintenant de plus en plus rempli par d’anciens électeurs de gauche). Une étude de l’ovipal paraîtra prochainement à ce sujet.

 

Si cette hypothèse était vérifiée, cela conforterait l’idée selon laquelle le vote FN est aujourd’hui largement fidélisé. Cette fidélisation d’un noyau de plus important est évidemment le gage de sa capacité à progresser et à s’étendre, ce qui semble être le cas pour les prochaines élections, comme le montre l’indicateur précédent.

 

Tout peut encore arriver d’ici les élections

 

Mais nous sommes encore à quelques semaines des élections… Un certain nombre d’évènements politiques ou sociaux peuvent encore bouleverser la donne. Les trois plus probables d’entre eux ne pourraient guère que conforter le FN dans son ascension :

 

  • Un attentat terroriste de masse en France. Le phénomène est redouté par les spécialistes de la sécurité et considéré comme probable. L’effet politique se traduirait par une poussée de l’attirance exercée par le FN du fait de ses positions sur les questions d’Islam et de sécurité nationale

 

  • Une spectaculaire poussée migratoire comparable à celle qu’ont connu les pays plus à l’Est en Europe. Le gouvernement a pris toutes les dispositions pour reporter à la période de Noël ou au début de l’année prochaine, l’accueil massif de réfugiés et de migrants. L’effet sur l’opinion en période électorale, dans un pays où la majorité de la population est très réservée quant à cet accueil, serait évidemment bénéfique pour le FN, qui est pour l’instant privé concrètement de cet argument.

 

  • Des séquences d’émeutes massives et violentes liées soit aux manifestations extrémistes qui vont entourer la COP 21, soit au conflit autour de l’aéroport de ND des Landes. Quelque soit la capacité de réaction des autorités (qui se préparent aujourd’hui activement à ces possibilités) le sentiment d’insécurité et de peur qui se répandrait dans l’opinion, notamment dans les zones périurbaines, constituerait un accélérateur du vote FN.

 

Dans tous les cas, on le voit, le contexte social et politique aussi bien que les mouvements en cours dans l’électorat, convergent pour installer le FN comme un acteur majeur des prochaines consultations électorales.

 

 

Philippe Breton

Ovipal

Version du 11 novembre 2015

 

 

* Le dernier sondage Odoxa* pour Le Parisien et BFMTV donne :

32% au FN,

30% au LR

19% au PS

(et 19% au total pour les autres listes).

 

http://www.leparisien.fr/elections-regionales/regionales-la-percee-du-fn-dans-le-grand-est-08-11-2015-5258609.php#xtref=https%3A%2F%2Fwww.google.fr 

« Sondage réalisé pour « le Parisien » et BFMTV réalisé par Internet, du 2 au 5 novembre, à partir d'un échantillon représentatif de 1 001 personnes inscrites sur les listes électorales de la région Alsace - Lorraine - Champagne-Ardenne. »

 

 



10/11/2015
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 762 autres membres