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Le Front national, dernier rempart contre la guerre civile ?

 

Devant la commission de la défense nationale de l’Assemblée nationale, le 10 mai dernier, le directeur de la DGSI [1], Patrick Calvar, s’est déclaré plus inquiet des risques de « guerre civile » en France que du terrorisme islamiste. Le patron de la sécurité intérieure évoque à cette occasion [2] ses échanges avec ses homologues européens : « nous devrons, à un moment ou un autre, dégager des ressources pour nous occuper d'autres groupes extrémistes parce que la confrontation est inéluctable (…) entre l'ultra droite et le monde musulman ».

 

Le propos émane évidemment du chef d’un service longtemps délaissé et qui cherche par tous les moyens à augmenter les crédits dont il dispose. Il n’est pas rare dans ce genre de contexte de « crier au loup » pour augmenter à tout prix ses moyens matériels et humains.

La thèse ne manque cependant pas d’argument. Lorsque que le terroriste Abou Moussab Al-Souri lance son fameux Appel à la résistance islamique mondiale, il utilise une stratégie classique : en commanditant des attentats cruels en France et en Occident, en suscitant l’émergence d’une « police de la vertu » exerçant en France même, il cherche à provoquer en retour des actes de vengeance et des pogroms visant l’ensemble des musulmans, qui resserreront alors les rangs autour des salafistes et mettront fin à leur éventuelle intégration. C’est exactement ainsi qu’en Algérie française, les tueurs du FLN avaient réussi à rallier à eux une partie des musulmans, en attirant par des attentats sanglants la vengeance indifférenciée des colons les plus extrémistes.

 

L’instrument de cette vengeance aujourd’hui en France (et aussi en Allemagne et dans d’autres pays européens) est bien sûr tout ceux qui se positionnent du côté du « patriotisme », du « nationalisme » ou de la revendication « identitaire », et qui nourrissent une forte hostilité envers l’Islam, sous l’essentiel de ses formes actuelles. Si tant est que l’on puisse faire une sociologie politique de cette nébuleuse, on trouvera ceux qui se revendiquent en conscience de l’extrême droite sans voter pour le Front national parce que trop modéré, ceux qui, tout en se revendiquant extrémistes, votent pour le FN, ceux qui récusent tout extrémisme d’extrême droite mais qui sont électeurs du FN.

 

Le niveau d’agressivité de cette nébuleuse est évidemment un indicateur majeur de la pertinence de la thèse de Patrick Calvar. Pour tenter d’évaluer ce niveau, il est intéressant de suivre l’activité sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, des membres de ces courants (ce que sans nul doute fait la DGSI et qui soutient peut-être les propos de son directeur). Un chercheur de l’Université George Washington, J.M. Berger, soutient que l’activité des groupes les plus extrémistes sur Twitter a récemment et considérablement progressé (augmentation de plus de 600% depuis 2012 [3]). Certes ces chiffres valent essentiellement pour les USA, et s’inscrivent dans le contexte des présidentielles de novembre, mais ils sont un bon indicateur d’un phénomène sans doute plus général.

 

Un examen soutenu de l’activité des comptes twitter français de personnes affichant une hostilité active à l’Islam et aux musulmans de France, montre, sous réserve d’inventaires plus poussés, d’une part une forte diffusion en terme d’abonnés, d’autre part un niveau d’agressivité encore limité mais qui pourrait bien être en train de croître. On trouvera à la fin de cet article quelques illustrations (que l’on ne peut pas généraliser en l’état actuel du travail) de ce phénomène. Toute augmentation rapide de ces deux paramètres (nombre d’abonnés et niveau d’agressivité) validerait progressivement la thèse de Patrick Calvar et montrerait que les efforts de la direction terroriste salafiste commencent à porter ses fruits. A suivre donc.

 

Sur un plan plus politique, on notera un paradoxe. L’obstacle le plus important à la montée de cette tendance aux prolégomènes de la guerre civile est sans doute le Front national. Comme l’ont montré plusieurs études de l’ovipal, le Front national a largement puisé dans le réservoir des abstentionnistes et il a contribué en cela à socialiser ceux qui auraient pu être guidés par les ressorts de la sécession, de la frustration et de la vengeance.

 

De plus en plus pressés de rentrer dans le jeu politique traditionnel (même sous l’angle d’une « rupture » mais cela tous les partis le font) le Front national tient un discours de tempérance et freine l’énergie de ses plus extrémistes (quand il ne les exclue pas). La politique est par nature un instrument de pacification des mœurs. Le désir de politique du FN, qui l’éloigne chaque jour un peu plus de l’extrémisme, constitue un verrou très important au débordement de l’agressivité vindicative et au risque de débordements incontrôlables.

 

Philippe Breton

Ovipal

Dimanche 11 septembre 2016

 
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[1] DGSI : Direction générale de la sécurité intérieure, organisme chargé du renseignement intérieur rattaché au ministère de l’Intérieur, issu de la fusion en 2014 des Renseignements généraux et de la DST. Ses effectifs sont compris entre 3000 et 4000 agents.

[2] Voir : le patron de la DGSI évoque un pays « au bord d’une guerre civile », Express, 22/06/2016 à 11h31

[3] Les néonazis plus actifs que l’Etat islamique sur Twitter, selon une étude américaine in LE MONDE | 05.09.2016 à 18h29

 



11/09/2016
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