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Les questions d’identité sont-elles l’enjeu central des élections régionales ?

 

Ces élections régionales, qu’on voyait vouées à l’indifférence générale car trop lointaines et trop technocratiques, viennent s’inscrire, du fait de l’actualité, au croisement de plusieurs interrogations identitaires. Celles-ci seront-elles le déterminant de l’élection de décembre ?

 

Qu’est-ce qui fait une élection ? Parfois l’économique, parfois le politique, parfois les hommes, parfois aussi des questions qui viennent du fond de l’âme de chaque électeur et qui viennent l’interroger sur l’identité, plus que sur la différence.

 

Identité des nouvelles régions d’abord. Pourra-t-on continuer à être alsacien ? Ou Lorrain ? On sait ce qu’on quitte mais on ne sait pas où l’on va. C’est ainsi que l’on découvre des continents nouveaux, mais ce n’est pas la problématique de l’heure, qui est plutôt au repli sur un territoire encore indéfinissable. Première incertitude donc.

 

Identité nationale ensuite. Jamais la question de savoir ce que c’est que d’être français ne s’est posée avec autant d’acuité. La problématique soulevée par Nadine Morano risque fort de ne pas être absente des débats. La citation complète du général de Gaulle disait en substance qu’un peu de mélange nous ferait du bien, mais que trop, ce serait trop. C’est là que la question de l’Islam se pose, dans sa difficulté à renoncer à l’enfermement communautaire.

 

Le premier ministre Turc qui vient de tenir meeting à Strasbourg au Zénith a-t-il renoncé à dire publiquement comme la dernière fois, que l’intégration des personnes d’origine turque en France était « un crime » (moment de son discours fortement applaudi par les intéressés) ? Pourquoi le parterre VIP où les journalistes ont été reçus à cette occasion, le 4 octobre dernier, comportait-il deux zones bien distinctes, une pour les journalistes hommes, l’autre pour les journalistes femmes ? On comprend mal d’ailleurs que ces derniers aient accepté l’exercice. C’est que le malaise est à son comble.

 

La question des réfugiés vient ajouter une touche tragique autant qu’inattendue à cette problématique. Au delà du premier et légitime réflexe d’humanité, le bouleversement identitaire que l’accueil massif risque de provoquer au delà du Rhin, fait lever dans la région un autre sentiment d’incertitude, angoissant pour beaucoup.

 

Le Front National payera-t-il l’invraisemblable froideur et manque de compassion dont ses dirigeants ont témoigné à cette occasion, indépendamment de ses positions politiques, ou récoltera-t-il les fruits de cette inquiétude légitime qui taraude l’opinion quand aux bouleversements identitaires que les déplacements migratoires massifs provoquent toujours ?

 

La campagne électorale va également être marquée par le fait que le seul homme politique connu et ayant accès aux médias nationaux est Florian Philippot. Il bénéficie ainsi d’une prime qui risque de faire la différence. Comme le montre l’article de Bernard Schwengler sur ce site, un tout petit déplacement des voix donnerait sans problème la Région au Front national.

 

D’autant que le challenger des Républicains, Philippe Richert, fait pour l’instant la campagne qu’il sait faire (en Alsace) et pas celle qu’il devrait faire pour gagner. Il conduit cette campagne dans la grande région, comme s’il était encore uniquement en Alsace, alors que les mentalités, les cultures, et les problèmes, au delà des Vosges, sont bien différents.

 

Quant au PS, son seul souci est de savoir combien de compartiments de son bateau, à l’instar du Titanic, sont déjà remplis d’eau. Les plus pessimistes, ou les plus réalistes, ne se demandent plus s’il coulera, mais quand il coulera. Demandez donc aux électeurs socialistes alsaciens comment s’appelle la tête de liste de leur parti aux élections…

 

Les frontières de l’identité politique sont maintenant brouillées. Sarkozy fait pour l’instant, et à contre emploi, campagne au centre. Juppé à gauche. Les dirigeants socialistes locaux commencent à faire campagne contre le gouvernement, les plus lucides d’entre eux sont déjà dans les canots de sauvetages, les souverainistes de gauche et de droite se rassemblent et se sentent des ailes, les pro-européens se cachent et ne se promènent pas plus loin que le quartier de l’orangerie, leur dernier bastion électoral, les autonomistes se réveillent et cousent des drapeaux aux couleurs chatoyantes.

 

Dans ce méli-mélo, la position la plus claire, pour beaucoup, reste celle de l’abstention, qui a toute l’apparence de la cohérence. Il y a fort à parier que celle-ci sera la grande gagnante de ces élections. Elle est le symptôme d’une identité vécue négativement, sur le mode de la sécession. L’abstention est aussi le signe qu’à force d’avoir été laissé aux mains des extrêmes, identitaires comme différencialistes, le débat sur l’identité, comme nous l’avons déjà écrit dans ce site, est aujourd’hui une priorité absolue. Sans débat de fond sur cette question, ces élections seront une étape de plus dans le glissement vers l’inconnu de notre démocratie.

 

Philippe Breton (ovipal)

Version du 9 octobre 2015

 



09/10/2015
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