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Marine Le Pen en meeting à Monswiller. Le Front national commencerait-il à faire de la politique ?

« Pourquoi à Monswiller ? » me demande au micro une journaliste de France bleu Alsace le matin même. La réponse est simple : c’est là que se trouve son électorat, dans cette Alsace du nord qui lui apporte avec constance son soutien depuis les années quatre vingt dix, et où la progression du Front National est, si l’on peut dire, constante.

 

L’Alsace du nord est un concentré de ce que les sociologues appellent le « peri-urbain ». Ce n’est pas la ville, mais pas la campagne non plus. Pas le charme de la campagne et aucun avantage de la ville. Un sentiment d’abandon, d’éloignement, d’absence de visibilité et de reconnaissance. La reconnaissance, c’est justement ce qu’apporte Marine Le Pen dans ses discours, qui se résument au fond à un seul message : vous existez.

 

Monswiller. 19 heures. Une mer de voitures a envahi les rues et les parkings autour de la gare. La salle de 900 places est déjà pleine à craquer et 600 personnes attendent dehors, sans pouvoir entrer, conspués de loin par une poignée de jeunes urbains, tenus à distance par les gendarmes et les CRS en nombre inhabituels pour une si petite commune.

 

Meeting simple, direct, sans fioriture. Une oratrice fatiguée mais battante. Accompagné d’un collègue québécois, spécialiste de communication politique, venu avec moi battre la campagne électorale, nous sommes armés d’une seule question : y a-t-il deux Marine ? D’un côté une Marine des débats télévisés, des médias, de la vitrine publique, radicale mais modérée, en rupture mais présidentiable, nationale mais débarrassée des oripeaux paternels de l’extrême droite, et de l’autre une Marine qui resterait, dans le privé des meetings, là où l’on est dans l’entre soi et la connivence avec ses partisans, dans la continuité des traditions de son clan, hargneuse jusqu’à l’exclusion, agitant les boucs émissaires devant des fidèles le bras tendu comme aime les montrer Monsieur Pujadas ?

 

Le public est là, devant elle, dans une salle surchauffée par l’entre soi. Quelle Marine attend-il ? Nous avons donc écouté chaque phrase, guetté chaque intonation, scruté chaque élan oratoire d’une candidate qui en est prolixe. Qu’avons-nous entendu ? Au cœur du meeting, Madame Le Pen s’est lancé dans une longue, très longue tirade, bien construite, sur l’apport des étrangers à la France, des Italiens, des Polonais, des Portugais, mais aussi des Maliens, de ces étrangers qui ont « construit la France » et qui, par assimilation sont devenus de « vrais français ».

 

A ce moment précis, l’observateur attentif a senti la salle retenir son souffle. Devant ce public hésitant parfois devant l’étranger, mais aussi composé d’alsaciens se demandant ce qu’ils apportent à la France, ça passe ou ça casse. A cet instant je me suis souvenu d’une des analyses que nous avions faites sur le vote FN en Alsace, moyen pour certains alsaciens de se dire français, de témoigner de leur patriotisme dans une région que l’Histoire a fait hésiter sur ce point essentiel, là où tous les autres partis proposaient à l’Alsace de se noyer dans l’Europe.

 

Devant le silence interrogatif de ses partisans, Marine Le Pen a continué et a fini par faire applaudir, à travers son témoignage d’une rencontre avec un malien, devenu français et remerciant la France, les étrangers devenus français par le sang versé pour la Patrie, au delà de la couleur de leur peau. Une Marine, donc, tenant un discours anti raciste au cœur de l’Alsace profonde ? Bon, nous avions la réponse à notre question, il n’y avait ce soir là qu’une seule Marine et donc pas de double discours. Ce que l’on montre dans la vitrine est aussi dans le magasin.

 

Attention, tout n’est pas rose. D’autres parties du même discours témoignent d’une certaine fragilité dans l’approche de ce qui fait le cœur de la démocratie, le principe de séparation des pouvoirs. Marine le Pen n’aime toujours pas les juges. Que pense-t-elle de la Justice ? Elle n’aime toujours pas les journalistes, qui le lui rendent bien. Que pense-t-elle du rôle fondamental de l’information en démocratie ? Tout n’est pas politique, comme elle semble le croire, et les institutions, comme on le voit bien aux Etats-Unis en ce moment, sont un rempart essentiel contre l’extension du domaine du pouvoir.

 

Un mot sur le public du meeting. C’est la surprise sociologique de mon ami québécois. A Monswiller, c’est un public ordinaire que nous avions sous les yeux. Ordinaire n’a rien de dépréciateur, bien au contraire. Une autre manière de dire que c’est tout le monde qui était là, et pas les hordes fanatisés, le bras tendu, que décrivent certains.

 

La politique est l’outil majeur de la pacification des mœurs car elle fait basculer l’affrontement et les conflits d’intérêt dans le monde de la parole.

A la sortie du meeting, une nouvelle question : le Front National commencerait-il à faire de la politique ?

 

Philippe Breton

Ovipal

7 avril 2017

 



07/04/2017
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