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Où sont donc passées les questions régionales dans la campagne électorale des régionales ?

Des thèmes à caractère national et international ont largement dominé les débats de la campagne régionale. Cela a certainement influencé le résultat des urnes. Le plus souvent ces dernières semaines il était question, dans les débats consacrés en théorie aux « régionales » – sans doute en partie avec  raison -, du terrorisme djihadiste qui a refait irruption à Paris avec une ampleur et une capacité de nuisance d’autant plus grande qu’elle frappe aveuglement et semble échapper à toute rationalité et de l’inefficacité de l’espace Schengen pour assurer la protection des citoyens européens. On a également évoqué les résultats très insatisfaisants des politiques économiques européennes et nationales face à la faiblesse de la croissance et la remontée du chômage. La question des réfugiés du Moyen-Orient était également présente dans ces débats régionaux. Il a enfin beaucoup été question, COP21 oblige, des émissions de GES et du réchauffement climatique. Toutes ces questions ont évidemment une signification pour les citoyens du monde que nous sommes et une traduction régionale (par exemple les engagements de la COP trouveront une déclinaison européenne, nationale et régionale). Mais tout cela n’explique pas pourquoi les questions spécifiquement régionales ont pour ainsi dire disparu des débats. L’importance du taux d’abstention et le déplacement des débats sur des enjeux extérieurs aux régions tendent à montrer que les questions proprement régionales ne suscitent pas un grand intérêt et que les fonctions régionales ne sont guère comprises. Tout s’est passé comme si la majorité concitoyens considérait que les régions pouvaient, sans conséquence, être géographiquement recomposées et redistribuées politiquement de manière très hétérogène. Tel n’est pas notre avis.

 

Les régions ne sont évidemment pas des îlots coupés des soubresauts du monde et les questions internationales et nationales concernent, impliquent et impactent l’échelon régional (en science régionale cette interdépendance est désignée par le principe d’allotopie). Pourquoi les questions proprement régionales sont-elles si peu évoquées, aussi bien au cours des débats que dans les professions de foi des candidats (restées à un très grand niveau de généralité, chaque de groupe politique affirmant sa volonté et postulant sa capacité à « gérer efficacement » l’ensemble des domaines de compétence sans préciser comment il entendait le faire). Beaucoup de partis politiques ont cité rapidement un exemple qui leur semblait emblématique sans aller jusqu’à dévoiler leur conception de l’administration régionale, leur vision, en termes de politique de développement, de transport, de formation, etc.

 

Certes les régions sont réputées n’avoir pas un grand pouvoir politique (même en tenant compte de leurs nouvelles compétences), ni un grand pouvoir économique (le budget des régions ensemble ne « pèse que » 26,972 milliards €, à comparer avec celui des Départements : 69,917 milliards €) et celui du bloc communal (communes et groupements de communes) : 132,5 milliards (source : Ministère de l’intérieur). Les compétences usuelles des régions n’ont pas été souvent rappelées. Ces compétences sont pour l’essentiel :

1 – La gestion des lycées (93,4 €/hab.), prolongée par la formation professionnelle et l’apprentissage (78,8 € /hab.)

2- Les transports (89,5 €/hab.)

3- L’action économique (32,3 € / habitant)

4- L’aménagement des territoires et l’environnement (21,7 € /hab.)

5- Des missions en matière de culture, sport et loisirs (17,2 €/habitant)

 

Les modalités de la réforme territoriale, en particulier issues de la loi NOTR(e) ont également été très peu évoquées. De fait, non seulement certaines compétences régionales ont été élargies (les régions sont confirmées dans leur rôle de chef de file de l’économie) mais la loi entérine une nouvelle approche des responsabilités économiques régionales :

-       la réalisation du schéma régional de développement économique, de l’innovation et de l’internationalisation (SDREII) en concertation avec les EPCI et les métropoles

-       l’organisation du système des aides financières aux entreprises ;

-       l’élaboration du schéma régional d’aménagement et du développement durable du territoire (SRADDT) ;

-       le service d’accompagnement vers l’emploi (hors prérogatives de Pôle emploi) ;

-       la gestion de certaines ressources environnementales (eau, gestion des déchets) ;

 

En confiant ces nouvelles responsabilités aux régions  le législateur réduit d’autant les prérogatives des politiques macroéconomiques nationales et place comme le fait l’UE dans le cadre de sa politique régionale, les régions en situation de démontrer à leur propre échelle l’efficacité d’une nouvelle génération de politiques méso économiques fondée sur les initiatives de territoires infranationaux. Peu d’économistes y croient aujourd’hui véritablement mais l’individuation des territoires infranationaux sur certaines fonctions vitales est une tendance mondiale qui va à notre avis se renforcer.

 

Enfin le rôle de la région n’est pas exclusivement reflété par l’importance des postes de son budget. La région est par excellence le territoire qui gère les interfaces entre l’endogène (régional) et l’exogène (au sens large : les relations symboliques avec les autres régions françaises, avec l’Europe et le reste du Monde). Ce faisant, la région joue un rôle de cohésion sociale intérieure et de cohérence extérieure à travers ses valeurs, ses traditions et son rayonnement culturel. C’est la raison pour laquelle l’adhésion régionale au projet européen, la communication (dont le marketing territorial) qui transmet les signaux des orientations doctrinales aux populations et aux institutions extérieures, aux actifs, aux étudiants, aux entreprises, aux investisseurs, dont certains sont en quête d’un point de chute, est aussi essentielle. L’Alsace a longtemps été la première région de France pour l’accueil des entreprises à capitaux étrangers et l’emploi salarié de la région ALCA est aujourd’hui encore très fortement dépendant de filiales de groupes étrangers ou de groupe internationaux. La coopération transfrontalière est également une caractéristique commune aux trois ensembles régionaux de l’ALCA.

 

De fait les débats « régionaux » ont minoré l’importance des questions régionales. Les espaces régionaux sont fragiles et précieux. Ils constituent une des pièces maîtresses de la stabilité institutionnelle, économique et sociale de la France. De très nombreuses questions régionales subsistent qui ne manqueront pas de montrer les conséquences des écarts inter-régionaux et infrarégionaux de « philosophie politique» dans chacun des domaines de compétence des nouvelles régions.

 

Sources :

Ministère de l’intérieur / Ministère de la décentralisation et de la fonction publique (2015), Les collectivités locales en chiffres.

//www.collectivites-locales.gouv.fr/files/files/publication_globale%2831%29.pdf

Vie publique (2015), Les compétences des régions. Aperçu après la loi NOTR(e)

//www.vie-publique.fr/actualite/dossier/elections-regionales-2015/competences-regions-apercu-apres-loi-notre.html

Commissariat Général au développement durable (2014),  Ecologie industrielle et territoriale, Le guide pour agir dans les territoires

//www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Ref_-_Guide_EIT.pdf



14/12/2015
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