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Réforme territoriale et stratégies individuelles à l’UMP et chez les socialistes

Cet article analyse la façon dont différents responsables politiques alsaciens se sont positionnés sur la question de la réforme territoriale et ont été amenés à modifier leur position suite aux évolutions dans le projet de découpage. Il est possible d’expliquer ces prises de position en fonction d’une logique de conviction mais également d’une logique en termes de stratégie individuelle.

La réforme territoriale, adoptée de façon définitive fin 2014 a donné lieu à un grand nombre de projets de découpage, qui se sont succédés en fonction des évolutions dans les rapports de force. Il est intéressant de constater à cet égard la façon dont le passage du premier projet de découpage, élaboré en avril 2014, au second projet, en juillet 2014, a déstabilisé de nombreux dirigeants politiques alsaciens et les a conduits à effectuer des repositionnements.

Le premier projet avait été établi directement par l’Elysée, suite aux contacts qu’avait eus François Hollande avec les principaux dirigeants socialistes ainsi qu’avec les présidents de région socialistes. Ce premier découpage tenait compte des demandes des uns et des autres, et notamment du refus de la part de Martine Aubry d’une fusion du Nord-Pas-de-Calais avec la Picardie.

Celle-ci était par conséquent rattachée à la Champagne-Ardenne, ce qui signifiait pour l’Alsace une fusion avec la Lorraine seule. Ce premier projet ayant été abrogé par le sénat, l’assemblée nationale, à majorité socialiste, adopta un second découpage en juillet 2014. Le point de vue de Martine Aubry ne figurant plus parmi les paramètres à prendre en compte, ce second projet prévoyait la fusion du  Nord-Pas-de Calais avec la Picardie ce qui signifiait l’adjonction de la Champagne-Ardenne à l’ensemble Alsace-Lorraine.

Ce revirement, provoqué par des facteurs internes au parti socialiste, mais qui sont externes aussi bien à l’Alsace qu’à la Lorraine et à la Champagne-Ardenne a obligé l’UMP alsacienne, et notamment Philippe Richert, à se repositionner. Mais il a également mis dans l’embarras les socialistes alsaciens qui se réfugièrent dans une attitude de neutralité bienveillante.

Philippe Richert et l’UMP

    
Au moment de l’annonce par François Hollande du projet de fusion des régions, Philippe Richert était sous le coup de l’échec en 2013 du projet de conseil unique d’Alsace. François Hollande ayant invité les présidents des régions limitrophes à effectuer des propositions de regroupement, il prit le parti, en collaboration avec le président socialiste de la région Lorraine, Jean-Pierre Masseret, de soutenir l’option Alsace-Lorraine. Cette position présentait l’avantage d’être conforme à la carte des régions qui avait été établie par l’Elysée.

En agissant de la sorte, Philippe Richert prenait cependant le risque de se couper de ses alliés politiques, à une époque en effet où les instances nationales de l’UMP condamnaient le projet de réforme territoriale du gouvernement (opposition oblige) et où la quasi-totalité des parlementaires UMP alsaciens se prononçaient contre la fusion de l’Alsace avec la Lorraine. En agissant de la sorte, il rendait très difficile toute tentative de mobilisation alsacienne contre le projet de région Alsace-Lorraine.
Cette position lui fut d’ailleurs reprochée par certains élus UMP alsacien, le député UMP du Haut-Rhin Jean-Louis Christ l’accusant même de trahison.

Le second projet de découpage des régions (Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne : ALCA) eut pour effet de rejeter Philippe Richert dans le camp des opposants à la réforme. Il s’efforça de réactiver le projet de conseil unique et prit la tête de la mobilisation contre l’ALCA. Soutenu par la majorité des élus alsaciens ainsi que par la majorité au sénat (dans les deux cas à majorité UMP-UDI), il ne parvint cependant pas à infléchir la position de l’assemblée nationale, sous majorité socialiste. Après le vote définitif de la loi en décembre 2014, il prit acte de son échec, opéra un réajustement et réussit à se faire désigner candidat UMP à la présidence de l’ALCA. Le principal organisateur de la mobilisation contre l’intégration de l’Alsace à l’ALCA se propose à présent d’être le principal organisateur de son intégration

En fait, Philippe Richert dispose depuis le début de deux atouts fondamentaux qui font qu’au bout du compte, quelle que soit la configuration finale (Alsace-Lorraine ou ALCA) il est pratiquement sûr de rester président de région. Etant le seul président sortant UMP de région, il avait de fortes chances d’être désigné tête de liste UMP pour les prochaines élections régionales (dans le cadre d’une compétition avec des élus UMP de Lorraine et de Champagne-Ardenne). Et du fait du faible niveau de popularité du pouvoir socialiste, en tant que tête de liste UMP, il a de fortes chances d’être élu président de région, quelles que soient les contours de la région. C’était vrai avec l’option Alsace-Lorraine et cela l’est resté avec l’ALCA.

Du point de vue d’une logique de conviction, la préférence de Philippe Richert allait au conseil unique d’Alsace, pour lequel il avait travaillé pendant plusieurs années, l’option Alsace-Lorraine constituant un moindre mal et l’option ALCA la moins bonne des options. Du point de vue d’une logique en termes de stratégie individuelle, tout à fait légitime par ailleurs, les trois options sont finalement assez équivalentes et il passe assez facilement de l’une à l’autre.

Les socialistes alsaciens ou la neutralité bienveillante

Pour les socialistes alsaciens, ce projet de fusion de région, émanant d’un gouvernement de gauche, constituait a priori une affaire difficile à gérer, dans une région de droite où par ailleurs l’identité régionale constitue une question sensible. Par ailleurs, en termes de stratégie individuelle, ils n’avaient rien à gagner dans la perspective des élections régionales. Dans un cadre alsacien ils sont certes minoritaires face à l’UMP-UDI.

Mais avec une grande région, la tête de liste socialiste serait nécessairement le président sortant d’une autre région, en l’occurrence Jean-Pierre Masseret. En fait leur centre d’intérêt dans cette affaire est davantage le statut de Strasbourg (leur principale base politique en Alsace) dans le cadre de la future grande région que le périmètre de cette région (étant cependant entendu que la probabilité pour Strasbourg d’être capitale de la nouvelle région est plus faible avec l’ALCA qu’avec l’Alsace-Lorraine).

L’option Alsace-Lorraine ne leur posait pas de problème dans la mesure où  Philippe Richert la reprenait à son compte. Il leur suffisait par conséquent d’abonder dans ce sens, ce qu’ils firent. Le vote des députés socialistes de juillet 2014 en faveur de l’ALCA les prit de court et ils se rendirent compte que même les socialistes lorrains, dont Jean-Pierre Masseret, s’étaient ralliés à l’option ALCA. En fin de compte, ils retrouvèrent un équilibre en adoptant une position de retrait sur la question du périmètre de la région et en obtenant en échange un soutien de la part du gouvernement sur le statut de Strasbourg dans la future grande région. Cette position de retrait prenait la forme du maintien de leur position initiale en faveur de l’option Alsace-Lorraine, pourtant désormais caduque.

Cette posture leur permettait de ne pas avoir à choisir entre l’ALCA, qui n’était pas leur projet, disaient-ils, et l’option « Alsace seule », l’option de Philippe Richert et de la majorité UMP-UDI en Alsace et au niveau national. Cette posture constituait également la façon la plus commode pour eux de gérer leurs différences de sensibilité internes sur la question régionale. Pendant les débats parlementaires, les élus socialistes alsaciens, aussi bien à l’assemblée nationale qu’au sénat, déposaient des amendements pour le retour à l’option Alsace-Lorraine, en sachant que ces amendements n’avaient aucune chance d’être adoptés (du fait notamment de l’avis négatif du gouvernement).

C’est ainsi que lors du vote final à l’assemblée nationale, l’amendement déposé par Philippe Bies et Armand Jung en faveur de l’option Alsace-Lorraine obtint 6 voix. En revanche les parlementaires socialistes alsaciens s’abstenaient lors des votes au sujet de l’ALCA. Certains socialistes, dont Roland Ries, maire de Strasbourg, annoncèrent à une semaine du vote final, alors que les dès étaient jetés, qu’entre l’option ALCA et l’option « Alsace seule » il préférerait la seconde. Mais là également, ce n’était qu’une posture, et non pas un engagement susceptible de faire pencher la balance dans ce sens.

Cette posture était accompagnée d’une neutralité bienveillante envers la position du gouvernement et des parlementaires socialistes. En effet, les socialistes alsaciens s’efforçaient d 'affaiblir et de délégitimer l’opposition de Philippe Richert à l’ALCA. A plusieurs reprises ils le « taclèrent » en l’accusant d’être responsable de l’échec au référendum de 2013 (échec auquel ils avaient contribué), en lui reprochant d’avoir abandonné l’option Alsace-Lorraine (alors que cet abandon était le fait de leurs amis politiques, sur lesquels ils n’avaient aucune prise) et en lui reprochant de rechercher le soutien des autonomistes dans sa mobilisation contre l’ALCA.

Et ils obtinrent le soutien du gouvernement et des parlementaires socialistes pour le statut de Strasbourg dans l’ALCA. Celui-ci se matérialisa par l’adoption à l’unanimité de l’amendement déposé par Philippe Bies, député de Strasbourg, accordant à Strasbourg le titre de chef-lieu de région. (cf. sur ce point l’article : Strasbourg, capitale de l’ALCA, leurre ou cadeau empoisonné)



Bernard Schwengler

Ovipal

Version du 1er mars



01/03/2015
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