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Roland Ries - Angela Merkel : Rencontre au sommet pour la « Willkommenkultur »

Une information aura été assez peu couverte médiatiquement début septembre. Celle de l’appel par le maire de Strasbourg, Roland Ries fait le 03 septembre dernier, qui en s’associant au réseau des villes solidaires, a invité les citoyens à se mobiliser en faveur de l’accueil des migrants : « Je souhaite que Strasbourg, capitale européenne des Droits de l'Homme, prenne part à une grande mobilisation pour les réfugiés, notamment en s'associant au réseau des villes solidaires prêtes à s’engager à accueillir des familles sur leur territoire. J'aurai l'occasion de revenir sur ce sujet demain, dans mon discours inaugural de la Foire Européenne de Strasbourg ». Et il poursuit : « La France et Strasbourg en particulier ont toujours été des terres d’asile et de refuge. Je songe aux humanistes de la Renaissance, aux chrétiens de la Réforme, à Calvin et à tant d’autres, venus se réfugier à Strasbourg pour échapper à la répression. »

(voir https://www.facebook.com/roland.ries.strasbourg/posts/420957961426574)

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Cet appel mérite d’être souligné car le maire de Strasbourg s’est prononcé très rapidement sur cette question à l’échelle régionale et aussi nationale. Cela tranche singulièrement avec le superbe silence de la classe politique en Alsace et avec la cacophonie politique à l’échelle nationale qui visait surtout à faire endosser aux migrants, le rôle de boucs- émissaires, particulièrement à l’orée du prochain scrutin régional de décembre 2015. Une instrumentalisation politique lamentable visant une fois de plus à ratisser large en jouant sur le fond de peur ambiant et en attisant l’individualisme des Français. Une attitude très peu civique et encore moins citoyenne de la part de la représentation politique.

 

Le manque de courage de la classe politique

Les élus politiques en Alsace ont été très silencieux sur ce thème. Les rares maires à s’être risqués sur cette question de l’accueil ont été rapidement interpellés, comme, par exemple, le maire de Rixheim (68) qui se fait reprocher par son opposition (UMP) son manque de légitimité à statuer en faveur de l’accueil (voir : «Migrants : il faut respecter l’avis des Français, sinon c’est un déni de démocratie »   http://www.pichenelwittenheim.com/2015/09/migrants-il-faut-respecter-l-avis-des-francais-sinon-c-est-un-deni-de-democratie.html) ou encore celui de Barr qui a proposé courageusement de recevoir 3 réfugiés Syriens et qui doit faire face avec une opinion de ces concitoyens peu consensuelle (voir « Faut-il accueillir tous les migrants qui ‘‘forcent ’’ les portes de l’Europe » / cf http://www.barr-parole-citoyenne.fr/?page_id=719).

 

La position de Roland Ries dans un tel contexte ne manque pas de courage politique. Certes certains dénoncent un « coup de pub » de la part d’un élu qui finit son dernier mandat politique et qui, en conséquence, n’aura pas à craindre de représailles électorales. L’argument est facile : c’est sans compter qu’il reste au maire de Strasbourg encore plus de trois années à assurer. La position de Roland Ries a le mérite de faire une piqûre de rappel en matière de tradition politique alsacienne à un moment où les références à l’ « identité alsacienne » se définissent de manière rétrécie à une culture « folklorique et linguistique » pourtant très en déclin (sic) ou à la défense d’un territoire conçu comme un « terroir éternel »… Une représentation savamment et récemment orchestrée par une classe politique qui reste aujourd’hui soit muette sur la question du racisme et de l’altérité, soit qui souffle, au contraire, sur les braises de la discorde. Il semble pourtant qu’il faille préférer une autre voie.

 

Pour une rencontre au sommet : Roland Ries - Angela Merkel

 

L’Allemagne vient de renouer avec sa tradition de terre d’accueil et d’immigration. Entre 1945 et 1950 ce sont 12 millions de personnes qui la rejoignent en fuyant le stalinisme. Entre 1950 et 2012 ce sont 4,5 millions d’« Aussiedler » d’Europe centrale et orientale qui la rejoignent. Sans oublier dans les années 1960-1970 les « Gästarbeiter » venus massivement de Turquie, de Yougoslavie ou de Grèce et qui ne parlaient pas l’allemand et ne partageaient pas la culture germanique. Leur intégration a été réussie et la loi sur le ‘‘droit du sang’’a même évolué en 2004 pour permettre l’accès à la double nationalité. En Allemagne, le pari de l’intégration a plutôt été réussi. La « Willkommenkultur  », cette culture de l’hospitalité est à nouveau à l’honneur aujourd’hui. Pour diverses raisons qui ont autant à voir avec l’ethique qu’avec une Realpolitik fondée sur le calcul des forces et l'intérêt national. Il n’empêche que l’Allemagne en accueillant les réfugiés se place dans une dynamique politique qui l’autorise à envisager un meilleur avenir en pariant à la fois sur l’arrêt du déclin démographique donc économique et sur la préservation de son pays des dangers de l’intégrisme musulman.

Un tournant marqué par une éducation civique et citoyenne que la classe politique allemande a préféré encourager plutôt que d’attiser les démons du racisme colportés notamment par le mouvement islamophobe « Pegida » (« Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes ») contre l'immigration islamique en Allemagne. Le mouvement a été lancé le 20 octobre 2014 par Lutz Bachmann dans la ville de Dresde. Mouvement repris en France depuis janvier 2015 sans grand succès par l’idéologue. d’extrême droite Renaud Camus qui théorise l’idée du "grand remplacement" qui prétend que le peuple français sera remplacé dans le futur par d’autres d’autres peuples immigrés, notamment d’Afrique, causant ainsi le déclin de la civilisation française.

 

Force est de constater que les gouvernants et que la classe politique allemande choisissent de faire le pari d’une culture et d’une économie allemandes renouvelées. Alors faisons une proposition : à quand une rencontre au sommet « Roland Ries - Angela Merkel » dans la capitale européenne strasbourgeoise en faveur de la « Willkommenkultur  » ?

 

Cette « Culture de l’Hospitalité » pourrait constituer un extraordinaire levier politique dont les dirigeants français devraient se saisir en vue de renouer la culture, l’économie et le social. Rappelons-nous des propos d'Albert Jacquard dans "J’accuse l'économie triomphante" (1995) : « La dignité de l'homme consiste à prendre en main son devenir, à choisir Aujourd'hui plus sans doute que jamais au cours de notre histoire, nous sommes face à une bifurcation : d'un côté la voie facile de la domination de quelques-uns sur la multitude des démunis - une société fondamentalement esclavagiste, efficace ordonnée, mais où la presque totalité des hommes vivront sans espoir- de l'autre, le chemin escarpé, périlleux, d'une recherche de l'égalité entre tous les membres de l'espèce, la construction jamais achevée d'une société où tous les hommes se sentiront chez eux partout sur la terre des hommes. La barbarie ou la démocratie, il faut en décider aujourd'hui »

 

Puisse le maire de Strasbourg poursuivre dans cette perspective politique initiée le 03 septembre dernier qui conjugue l’éducation à la citoyenneté et une Real politique favorisant l’harmonie des dimensions culturelles, sociales et économiques. Un exemple à suivre au sein de la classe politique en Alsace et en France !

 

Pascal Politanski

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques

Ovipal (Version du 6 octobre 2015)



09/10/2015
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