. . . . OVIPAL - OBSERVATOIRE DE LA VIE POLITIQUE EN ALSACE . . . .

.       .   . . OVIPAL - OBSERVATOIRE DE LA VIE POLITIQUE EN ALSACE . . . .

Vote Le Pen et vote Mélenchon : l’hypothèse d’une perméabilité entre les électorats populistes

 

 L’analyse réalisée par l’ovipal, depuis 2004, des résultats de 36 bureaux de vote péri-urbains en Alsace met en évidence le fait qu’au premier tour des présidentielles 2017, la progression du FN a été limitée, du fait qu’un certain nombre de ses voix se sont reportées sur le candidat de la « France insoumise ». Cela renforce l’idée qu’il y a une certaine perméabilité à l’intérieur d’un vote globalement populiste.

 

Beaucoup d’observateurs suggèrent que l’électorat de Jean-Luc Mélenchon serait un électorat composite, formé d’électeurs de gauche et d’extrême gauche (ce sont les plus visibles au niveau des militants), mais aussi, entre autres, d’électeurs susceptibles de sympathie pour d’autres partis populistes, au sens d’une position politique qui oppose le peuple et les élites, incluant donc le Front national.

 

La conséquence d’une telle hypothèse est que l’électorat de la « France Insoumise », numériquement important (1/5 ème des exprimés), peut, au deuxième tour des présidentielles, se disposer sur l’un ou l’autre des trois axes proposés (Macron/Le Pen/ ni-ni, abstention ou vote blanc).

 

Cette hypothèse, bien sûr, n’est guère appréciée par les cadres de la « France insoumise », en général hostiles au FN. Elle suppose un vrai différentiel entre la tête de ce mouvement et son électorat, plus multiple qu’il n’y paraît.

 

Un corollaire de cette hypothèse est qu’au premier tour des élections présidentielles, un certain nombre d’électeurs qui auraient pu voter pour Marine Le Pen, auraient en fait préféré voter pour Jean-Luc Mélenchon, notamment dans les zones périurbaines.

 

Afin de vérifier cette hypothèse, nous avons adopté la méthode suivante.

 

Depuis 2004 nous suivons, à l’ovipal, une cohorte très spécifique de bureaux de vote dans le Bas-Rhin. Elle est formée par les 36 bureaux de vote qui votaient le plus pour le FN en 2002, entre 33 % et plus de 50 % des exprimés.

 

La liste est disponible en annexe de cet article et plusieurs articles ont déjà été consacrés dans le passé à cette cohorte. Ils sont répartis dans tout le département, surtout en Alsace du Nord mais aussi dans le sud, la vallée de la Bruche et Strasbourg (bureau 408 – très enclavé). Pour l’essentiel ces bureaux de vote relèvent de ce que l’on appelle les territoires « périurbains » et se caractérisent par un vote massivement populiste.

 

On observe, sur la longue durée, le comportement électoral, en pourcentage et en voix, de ces 36 bureaux de vote. Que remarque-t-on ?

  • Une forte progression entre les régionales 2002 et les régionales de 2015. Chacun de ces bureaux de vote a connu une progression importante des voix pour le FN. Il n’y a donc pas eu de « plafond de verre ». Nous avons publié en 2015 un article qui montrait qu’un étiage élevé pour le FN ne freinait pas sa progression. 15 de ces bureaux de vote dépassaient les 50% pour le FN en 2015
  • La gauche est très faible, voire quasi inexistante, dans ces bureaux de vote qui se partagent entre la droite alsacienne (qui est en tête, en 2015 dans 15 sur 36 de ces bureaux de vote) et le FN.
  • En 2017 par contre le FN connaît une progression en voix (ce qui est normal puisque le taux de participation est plus fort aux présidentielles qu’aux régionales) mais une baisse en pourcentage, d’environ 6 points (44% en moyenne en 2015 pour 38% en moyenne en 2017).  

 

En somme la progression du FN a été freinée, alors qu’elle connaissait une courbe ascendante régulière depuis 2004 (et même depuis 1994…). Comment expliquer cette « baisse tendancielle » ?

 

C’est à ce point du raisonnement qu’il faut faire intervenir la donnée nouvelle qu’a représentée, en 2017, l’irruption dans ces bureaux d’un vote pour Jean-Luc Mélenchon. Son score moyen y est de 11,2 %, très inférieur à sa moyenne nationale, mais largement supérieur à ce que le Front de gauche avait réalisé lors des régionales de 2015 (moins de 2%...), et souvent supérieur aux résultats de l’ensemble de la gauche en 2015.

 

En fait, la plupart du temps, il y a dix fois plus de votes Mélenchon d’une élection à l’autre ! L’irruption du vote pour la « France Insoumise » ne peut guère, dans le contexte politique du moment, et surtout dans le cadre de la tradition électorale constante de ces 36 bureaux de vote, s’interpréter comme un vote « de gauche ».

 

Si l’on croise les données de ces bureaux de vote, entre la perte en points de pourcentage pour Marine Le Pen et le gain en points de Jean-Luc Mélenchon, on trouve des correspondances possibles, ainsi, par exemple :

  • Coswiller (canton de Saverne), moins 11 points pour Le Pen et plus 13 pour Mélenchon (qui passe entre 2015 et 2017 de 5 voix à 56 voix !)
  • Issenhausen (canton de Bouxwiller), moins 14 points pour Le Pen et plus 13 pour Mélenchon (qui passe entre 2015 et 2017 de 0 voix à 10 voix !)
  • Saulxures (canton de Mutzig), moins 15 points pour Le Pen et plus 17 pour Mélenchon (qui passe entre 2015 et 2017 de 1 voix à 54 voix !)

 

A l’inverse on trouve par exemple :

  • Eywiller (canton de Ingwiller), plus 15 points pour Le Pen et plus 2 pour Mélenchon (qui passe entre 2015 et 2017 de 2 voix à 4 voix !).

 

Le tableau général en annexe de cet article donne au lecteur l’ensemble des données numériques qui lui permettront de vérifier lui-même cette hypothèse.

 

Il est clair que d’autres facteurs ont pu intervenir pour expliquer la baisse tendancielle du FN et la progression parallèle fulgurante de Mélenchon, comme par exemple un report des voix de gauche sur ce candidat. Regardons les chiffres :

  • Coswiller (canton de Saverne), Mélenchon passe entre 2015 et 2017 de 5 voix à 56 voix, mais toute la gauche au deuxième tour des régionales de 2015 (candidature Masseret) n’obtenait que 33 voix… Et les électeurs de gauche, en 2005 avaient le choix entre Hamon (16 voix), Macron (80 voix), Mélenchon (56 voix). Difficile de défendre l’idée que Mélenchon ne bénéficierait que des voix de la gauche…
  • Saulxures (canton de Mutzig), le candidat de gauche, Masseret, ne récoltait que 14 voix, qui ne suffisent pas à alimenter le réservoir Mélenchon (54 voix)

 

Il est donc clair que les résultats qui viennent d’être énoncés plaident largement en faveur d’une perméabilité importante des deux électorats (FN et Mélenchon), dans une proportion difficile à estimer, mais qui est non négligeable.

 

On peut même risquer l’hypothèse selon laquelle le vote Mélenchon dans les zones périurbaines est majoritairement très proche du FN, là où, dans les zones urbaines il est plus composite (comme par exemple le bureau 408 à Strasbourg).

 

Pour le dire autrement, si des électeurs traditionnellement FN ou potentiellement FN ont pu jouer la carte Mélenchon au premier tour, il est probable qu’au deuxième tour ils reviennent au bercail ou choisissent, a minima, le ni-ni. Nous en ferons l’analyse, avec la même méthodologie, après le second tour.

 

Tout cela renforce l’idée, si l’on ose la généralisation de ces résultats, d’abord qu’il y a bien un vote populiste en France, même s’il est disposé selon différentes nuances, ensuite qu’il y a bien une perméabilité partielle à l’intérieur de cet électorat et enfin que si l’on ajoute toutes ces voix populistes, elles constituent une quasi-majorité électorale.

 

Philippe Breton

Ovipal

27 avril 2017

 

 

CANTON (premier nom : 2002 - deuxième nom à partir de 2015)

Bureau de vote

% des voix pour le FN Régionales de 2004 – deuxième tour

% des voix pour le FN Régionales de 2015 – deuxième tour

% des voix pour le FN Présidentielles de 2017 – premier tour

perte ou gain FN entre 2015 et 2017 (en points de %)

% des voix pour Mélenchon Présidentielles 2017 premier tour

Niederbronn-les-bains/Reichshoffen

Kindwiller

40

56,29

44,32

-11,97

6,96

Sarre-Union/Ingwiller

Bissert

50,79

54,67

46,43

-8,24

6,25

Saales/Mutzig

Saulxures

34,72

52,75

37,54

-15,21

17,48

Brumath

Bietlenheim

35,19

52,55

44,75

-7,80

8,84

Sélestat

Dieffensthal

33,07

52,48

44,02

-8,46

8,70

Marmoutier/Saverne

Hengwiller

35,86

51,4

35,38

-16,02

9,23

Marckolsheim/Sélestat

Richtolsheim

36,52

50,7

46,29

-4,41

10,48

Bischwiller

Stattmatten

34,38

49,22

37,59

-11,63

9,51

Niederbronn-les-bains/Reichshoffen

Oberbronn

33,94

48,68

43,02

-5,66

8,92

Niederbronn-les-bains/Reichshoffen

Uhrwiller

34,63

47,49

42,30

-5,19

9,65

Sarre-Union/Ingwiller

Lorentzen

37,38

47,24

36,50

-10,74

5,84

Drulingen/Ingwiller

Asswiller

39,65

47,2

42,86

-4,34

6,86

Niederbronn-les-bains/Reichshoffen

Uttenhoffen

51,02

46,55

37,86

-8,69

5,71

Brumath

Kurtzenhouse

36,54

45,59

38,33

-7,26

10,28

Marckolsheim/Reichshoffen

Bootzheim

35,44

45,3

33,99

-11,31

10,24

Niederbronn-les-bains/Reichshoffen

Dambach

33,12

45,17

39,96

-5,21

8,84

Niederbronn-les-bains/Reichshoffen

Offwiller

33,41

44,9

40,96

-3,94

8,87

Hochfelden/Bouxwiller

Issenhausen

39,53

44,44

30,30

-14,14

13,20

Marmoutier/Saverne

Crastatt

34

43,33

35,47

-7,86

15,70

Haguenau

Dauendorf

34,6

43,27

38,50

-4,77

7,74

Niederbronn-les-bains/Reichshoffen

Rothbach

33,63

42,49

47,47

4,98

13,61

Sarre-Union/Ingwiller

Schopperten

37,75

41,62

38,73

-2,89

13,73

Bouxwiller/Ingwiller

Obersoultzbach

37,26

41,15

41,50

0,35

8,50

La petite pierre/Ingwiller

Puberg

34,26

40,63

50,91

10,28

11,82

Niederbronn-les-bains/Reichshoffen

Mertzwiller

33

40,56

34,65

-5,91

11,14

Haguenau

Batzendorf

33,09

39,77

33,77

-6,00

5,73

Bouxwiller/Ingwiller

Weinbourg

34,51

39,5

36,50

-3,00

10,74

La petite pierre/Ingwiller

Lohr

34,48

39,02

35,29

-3,73

12,69

Drulingen/Ingwiller

Kirrberg

43,13

37,63

36,13

-1,50

5,04

Sarre-Union/Ingwiller

Sarrewerden

34,09

35,29

38,35

3,06

8,96

Wasselonne/Saverne

Cosswiller

42,96

35,24

24,30

-10,94

13,08

Seltz/Wissembourg

Croettwiller

33,33

35

33,33

-1,67

9,68

Wasselonne/Molsheim

Flexbourg

36,89

33,58

27,54

-6,04

11,68

Schirmeck/Mutzig

Blancherupt

35,29

32,35

29,73

-2,62

18,92

strasbourg 5/4

Schwilgé 508/408

33,92

32,11

28,36

-3,75

34,28

Drulingen/Ingwiller

Eywiller

34,54

31,21

45,81

14,60

2,23

 

 

Un étiage déjà élevé pour le FN freine-t-il sa progression ?



27/04/2017
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 762 autres membres