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Vous voulez commander une etude à un Institut de Sondage ? Voici quelques conseils utiles...

J’imagine. Quelque chose d’imaginable, donc. Vous êtes un habitant du Lot et Garonne. Mais vous, vous êtes du Lot et vous pensez : « ceux de la Garonne, ils sont pas assez bien pour nous, c’est des pouilleux !». Vous vous adressez à un institut de sondage.

 

Comptez 30 000 euros (une question posée à 1000 personnes au téléphone, c’est 1000 euros). Votre interlocuteur qui compte bien repartir avec vos 30 000 euros va vous demander si c’est confidentiel ou si c’est destiné à être publié.

 

Si c’est confidentiel, vous pouvez demander la vérité. J’ai personnellement été dans cette situation : j’ai fait le compte-rendu d’une enquête au PDG, au Directeur Général et au responsable Marketing d’une entreprise industrielle d’Alsace. Ils voulaient de la compréhension du monde réel. Je me souviens que le Directeur Général m’a dit « ne croyez- pas bien faire en cherchant à me faire plaisir » au moment de l’accord pour un contrat avec mon Université.

 

Confidentiel, c’est concrètement une restitution essentiellement orale, un rapport écrit minimal pour justifier la facture, en un seul exemplaire. Je n’ai gardé que la couverture comme souvenir et j’ai reformaté mon disque dur.

 

Ou bien c’est destiné à être publié et votre interlocuteur -  je vous ai dit que c’est un commercial ? - va vous dire « Que voulez-vous que nous disions ?1» Cette phrase, c’est le verbatim d’un grand institut de sondage qui avait remporté l’appel d’offre pour une étude auprès des commerçants d’une grande ville. Il s’agissait de comprendre leur hostilité à un projet de centre-ville piétonnier, il y a une trentaine d’années (ce n’était pas Strasbourg). La réponse ayant été, en substance, « on ne veut rien publier, on veut comprendre », ils ont fait une bonne enquête confidentielle. Enquêter et interpréter les résultats, C’est un métier, c’est leur métier.

 

Là , et je reviens à la fiction, vous dites « publiez que nous, habitants du Lot, on ne veut pas être avec ceux de la Garonne, ils ne sont pas assez bien pour nous, ce sont des pouilleux, et faites dire aussi que si les élus ne font pas ce qu’on leur demande, on les fera battre aux prochaines élections... » Votre interlocuteur va « opérationnaliser la problématique ». Il gère l’interface entre le client qui paye et qui a des exigences toujours déraisonnables (entre autres ne pas assez payer) et les personnes qu’il faut interroger.

 

Entre le marteau et l’enclume. Personne n’aime ça. Il va reformuler la question .Ça pourrait être la litote : « si vos attentes concernant la création d’une nouvelle collectivité « Lot » ne sont pas prises en compte, cela influera-t-il votre vote lors des prochaines élections ? »

 

Le plus difficile est fait. Quant aux chiffres, le papier ne refuse pas l’encre. La liberté est totale.

 

Un dernier conseil, méfiez-vous. Ils vont aussi aller voir les clients d’en face qui vont les payer pour dire « Nous, les habitants de la Garonne, on veut pas être avec ceux du Lot, c’est rien que des prétentieux, non mais pour qui ils se prennent !»

 

Jean-Paul Villette

ovipal

26 février 2018

 

1 La préoccupation première c’est « qu’est-ce qu’on dit au client ? »



26/02/2018
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