. . . . OVIPAL - OBSERVATOIRE DE LA VIE POLITIQUE EN ALSACE . . . .

.       .   . . OVIPAL - OBSERVATOIRE DE LA VIE POLITIQUE EN ALSACE . . . .

La Région, un rôle essentiel pour notre quotidien

Non les régions ne sont pas un échelon désormais négligeable de la vie politique, économique, sociale et culturelle, elles continueront à jouer un rôle essentiel pour notre quotidien

Comme nous le disions dans un texte précédent sur le site de l’OVIPAL, la campagne des régionales a détourné l’attention des citoyens des questions spécifiquement régionales vers des préoccupations et des enjeux nationaux et internationaux [1]. Ce phénomène conjoncturel n’a pas permis de bien mesurer les véritables enjeux actuels, notamment pour les nouvelles régions. Il a laissé entendre que les fonctions exercées par les régions étaient secondaires par rapport aux enjeux nationaux et aux fonctions régaliennes. En ne voyant dans les nouvelles fonctions régionales que l’élaboration de documents de planification et des arbitrages économiques et techniques secondaires, on sous-estime l’importance réelle des régions. Pour mettre en lumière les véritables enjeux régionaux il faut distinguer les missions officielles des fonctions contingentes (nécessaires pour remplir les premières), en premier lieu la constitution d’une identité régionale pour faire territoire et construire des avantages différenciatifs. Explications :

 

Les fonctions exercées par les régions sont vitales pour la population et les entreprises

En dépit de l’attachement affectif des citoyens européens et français à l’espace et à l’institution régionale[2], cette dernière est peu connue, ses missions et ses fonctions sont souvent incomprises, notamment parce qu’elles semblent relever principalement (mais pas exclusivement) de la rationalité économique. Les nouvelles grandes régions françaises (dont ACAL) ont été redécoupées prioritairement suivant des considérations d’économie géographique, d’efficience spatiale et d’efficience budgétaire et non à partir de considérations politiques, historiques ou culturelles. La rationalité qui a présidé à la réforme territoriale et au redécoupage régional a donc privilégié les fonctions économiques. Cela n’est pas surprenant, c’est bien la fonction économique qui était déjà au cœur de la création de premières « régions » en 1919 (régions Clémentel, pour la reconstruction) et qui a ensuite jalonné les stades antérieurs d’évolution de cette administration territoriale que nous rappelons pour mémoire :

-       Création en 1955 des circonscriptions d’action régionale (CAR / 22 régions) pour établir des prévisions dans le domaine économique. Lancement des programmes d’action régionale

-       Création en 1956 des régions de programme et des sociétés de développement régional (SDR)

-       Administration régionale avec préfet de région et Commission de développement économique régional (CODER) en 1963/1964

-       Transformation en 1972 des CAR en EPR (Etablissements publics régionaux). Mise en place de la politique régionale de développement communautaire et création en 1975 du FEDER (Fond européen de développement économique régional)

-       Adoption en 1982 de la première loi de décentralisation relative aux droits et libertés des communes, départements et régions et instauration en 1983 des contrats de plan Etat - Région (CPER) de la première génération

La réforme actuelle  [notamment la loi relative à la délimitation des régions et la loi (NOTRe) sur la nouvelle organisation territoriale de la République] s’inscrit dans le prolongement de la vocation économique des régions[3]. Les régions ont été confirmées dans leur rôle de chef de file de l’économie) et reçoivent de nouvelles responsabilités  économiques parmi lesquelles :

-       la réalisation du Schéma régional de développement économique, de l’innovation et de l’internationalisation (SDREII) en concertation avec les EPCI et les métropoles

-       l’organisation du système des aides financières aux entreprises ;

-       l’élaboration du Schéma régional d’aménagement et du développement durable du territoire (SRADDT) ;

-       le service d’accompagnement vers l’emploi (hors prérogatives de Pôle emploi) ;

-       la gestion de certaines ressources environnementales (eau, gestion des déchets) ;

 

En dépit des apparences qui laissent croire qu’il ne s’agit que d’élaborer des documents de planification, et d’exercer des fonctions techniques subalternes, les missions contingentes des régions sont spécifiques à tout territoire. Il s’agit notamment de gérer les fonctions complexes d’interface entre la société et l’économie régionales et le reste du monde (y compris avec les autres régions de l’espace national). Ces fonctions sont, dans la mondialisation contemporaine, vitales pour la population et pour les entreprises. Une de ces fonctions essentielles est très certainement la constitution d’une identité régionale pour construire sur cette base des avantages différenciatifs. Un problème de taille subsiste. Pour exercer efficacement ses compétences économiques, la région ACAL doit en premier lieu élaborer un projet fédérateur, signe de sa capacité à faire territoire. Les difficultés pour y parvenir sont actuellement nombreuses : les régions ont acquis des compétences nouvelles mais elles en ont également perdu en perdant la clause de compétence générale. D’autre part, les économies d’échelle ne seront au rendez-vous que si la coopération intra-régionale se renforce et se développe pleinement. Or la région ACAL souffre d’un problème de cohérence territoriale. Ce sont de fait trois systèmes territoriaux parallèles (et donc très peu interactifs) qui ont été associés sans logique apparente (cf. l’entretien d’Antoine Latham avec le professeur Jean-Alain Héraud publié par les DNA le 19 décembre 2015). La nouvelle région ACAL est certes très grande mais elle est surtout très hétérogène, et passablement appauvrie par une faible dynamique de développement vers l’ouest, l’Alsace ayant longtemps préféré développer des partenariats dans le cadre du Rhin supérieur et la Lorraine au nord, dans le cadre transfrontalier de la Grande Région[4]. Même la région Champagne-Ardenne située dans le champ d’attraction de la région Ile-de-France est contrariée dans son mouvement naturel. Le défi de la réorganisation territoriale est donc considérable. Il concerne toutes les collectivités locales à toutes les échelles (région, départements et communes dans une moindre mesure).

 

 

Comment faire territoire ?  Définir en premier lieu une culture du développement

 

Même si la fonction économique semble capable aujourd’hui de soumettre les autres finalités (politique, sociale, culturelle) à sa propre autorité au point de devenir une sorte de culture surplombante, un filtre capable de déterminer quelles cultures méritent de s’épanouir et lesquelles devront disparaître, l’économique a besoin plus que jamais de la culture pour s’épanouir et notamment de culture territoriale[5]. La tertiarisation de l’économie, l’essor de l’économie dite de la connaissance, l’affirmation du rôle central de la communication, de l’innovation, de la créativité, de l’information et des réseaux, montrent que l’économie elle-même se culturalise[6] et que les différences culturelles jouent principalement comme des facteurs de différenciation économique. Il ne semble pas possible d’organiser une société apaisée et une économie prospère, sans culture florissante. La région (ne serait-ce que par son nom et les symboles qui s’y rattachent) joue dans ce domaine un rôle déterminant. Certaines régions ont su exhumer du passé et réactualiser des éléments de traditions culturelles anciennes pour donner du sens au présent, au besoin en s’inventant une nouvelle culture.

Les élus, socio-professionnels, techniciens, associatifs en charge de l’animation d’une région recomposée sont aujourd’hui confrontés à la question suivante : comment maintenir développer ou restaurer la cohésion sociale et la viabilité économique du territoire en créant une nouvelle identité, en proposant un projet fédérateur et en valorisant les richesses culturelles régionales. Il nous semble qu’une partie de la réponse réside dans la restauration démocratique du dialogue « économie-culture ».

René Kahn / version du 28 janvier 2016



[1] Où sont donc passées les questions régionales dans la campagne électorale des régionales ?

[2] DUPOIRIER Elisabeth (1998), Régions la croisée des chemins. Perspectives française et enjeux européens

COM (2009), "Le rôle et l'influence des collectivités locales et régionales au sein de l'Union européenne" Eurobaromètre n° 307

 

[3] GERARD-VARET L.A. (1998), «Les régions acteurs du développement économique » in Régions la croisée des chemins, perspectives françaises et enjeux européens, sous la direction de DUPOIRIER Elisabeth, Presses de sciences po. pp. 157-170.

[4] http://www.espaces-transfrontaliers.org/bdd-territoires/territories/territory/show/grande-region/

[5] KAHN René, LE SQUERE Roseline & KOSIANSKI Jean-Michel (2014), Cultures régionales, Développement économique. Des ressources territoriales pour les économies régionales, L’Harmattan.

[6] BOUQUILLON Philippe, MIEGE Bernard & MOEGLIN Pierre (2013), L’industrialisation des biens symboliques. Les industries créatives au regard des industries culturelles

 



28/01/2016
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 762 autres membres