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Strasbourg eurométropole par Pierre Dubois

Strasbourg Eurométropole…

Depuis le 1 janvier 2015, la Communauté Urbaine de Strasbourg est devenue Strasbourg Eurométropole : 28 communes, 316 km², 477 502 habitants (43% de la population du Bas-Rhin, 25% de la population alsacienne), plus de 8 000 agents dont 1 200 cadres A de la fonction publique territoriale, un budget 2014 de 675,3 millions d’euros pour le fonctionnement et de 405 millions pour l’investissement.

Demain, dimanche 11 janvier 2015, une marche républicaine est organisée : #StrasbourgEstCharlie. Roland Ries, maire de Strasbourg, Robert Herrmann, président de Strasbourg Eurométropole, Guy-Dominique Kennel, président du Conseil départemental du Bas-Rhin, Philippe Richert, président de la Région Alsace, seront Charlie. Quatre responsables de collectivités territoriales, deux de gauche, deux de droite : une unanimité nécessaire pour défendre la liberté de la presse – cœur de l’exercice de la démocratie politique -, une unanimité indispensable contre le terrorisme assassin.

Dès lundi, ces quatre leaders vont-ils retourner à leurs clivages politiques ? Sera-ce le cas pour Robert Herrmann, le nouveau président de Strasbourg Eurométropole ? Ou réussira-t-il à mettre en œuvre les stratégies à partager, objet du livre qu’il a publié en septembre 2013 : Strasbourg en tête. Stratégies à partager, éditions Hermann, septembre 2013.

 

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2015 ne sera pas seulement une année d’élections (conseils départementaux en mars, conseils des nouvelles régions en fin d’année). Ce sera surtout une année de concertations, de négociations, d’affrontements, de tensions, d’incertitudes autour de la question des compétences de trois des quatre collectivités territoriales « refondées » : l’Eurométropole, le Conseil départemental, la Grande région. La loi ne précisera pas toutes les compétences de chacune des collectivités, en particulier dans le champ de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Les compétences de Strasbourg Métropole ne sont pas toutes inscrites dans le marbre de la loi (présentation sur le site). Elles sont celles de l’ex-Communauté urbaine. S’y ajoutent des nouvelles compétences obligatoires (dont la participation aux pôles de compétitivité et au capital des sociétés d’accélération du transfert de technologie) et des nouvelles compétences exercées soit par délégation, soit par transfert de l’État, notamment dans le domaine de l’habitat, de la Région, notamment dans le domaine du développement économique, du Département, notamment pour l’action sociale et la voirie départementale (obligatoire à compter du 1er janvier 2017). Article de Rue89 Strasbourg (6 janvier 2015) : L’Eurométropole va devoir arracher ses nouvelles compétences au Bas-Rhin.

Les discussions et négociations de 2015 devront avoir en mémoire le sursaut républicain de ce début d’année : #StrasbourgEstCharlie ! D’autant qu’elles se dérouleront dans un contexte de diminution des dotations d’État aux collectivités.

Quelques points du livre ont attiré mon attention. 1. L’ouvrage était d’abord un outil pour la campagne électorale des municipales 2014 (ci-dessous photos du meeting du 19 mars 2014). 1er adjoint de Roland Ries à Strasbourg, Robert Herrmann voulait être maire à la place du maire. Né en 1955, le temps lui est en effet compté ; en 2020, lors des prochaines municipales, il aura 65 ans. Trop vieux pour tenter sa chance ! Le conflit entre le maire et son adjoint n’est pas allé jusqu’au bout, grâce à la nouvelle réglementation sur le cumul des mandats et à un jeu de chaises musicales entre amis du Parti socialiste, petit arrangement qui a marché : après la victoire de la gauche aux municipales, Ries a été réélu maire, Herrmann élu président de la Communauté urbaine ; Bigot en a été exfiltré et a été élu sénateur en septembre 2014, à la place de Ries, concerné par le non cumul des mandats de sénateur/maire.

P11100702. Le sous-titre de l’ouvrage. Des stratégies à partager… entre gauche et droite, entre édiles et élus, entre élus des différentes collectivités, entre élus et conseillers de quartier, entre élus et citoyens ordinaires, entre décideurs politiques, syndicats et administration… Robert Herrmann est un fervent partisan de l’écoute des citoyens, de la démocratie participative. Il veut réussir sa présidence et y travailler à temps plein : le 2 janvier 2015, il déclare qu’il ne sera pas candidat à sa réélection comme conseiller départemental (Fil info de l’Alsace).

Lors de son élection à la présidence de l’Eurométropole, Robert Herrmann a voulu acter une potentialité de Stratégie à partager, en accordant 7 des 20 vice-présidences à l’opposition de droite et de divers droite (article de DNA). Cette offre inattendue (… tout au moins par les électeurs !) a été fort bien analysée par Philippe Breton (Observatoire de la Vie Politique en Alsace) : le nouveau mode de gouvernance de la CUS : manœuvre politicienne ou avancée démocratique ?

P11100213. Stratégies à partager : parvenir après débats à un consensus sur ce que doit être un service public, un service rendu par la collectivité au public de manière lisible, efficiente et efficace (chapitre V, la gestion, pages 88 à 101). Robert Herrmann s’inscrit en faux contre la tradition : « est considéré dans ce pays comme service public ce qui est effectué en régie propre par des fonctionnaires attachés à la mission. Est désigné comme une forme de déviation ce qui fait l’objet de délégations de service public, de contrat d’affermage, de toutes une série de possibilités qui à chaque fois sonnent comme une forme d’abandon de la mission centrale de la collectivité« . La question est toujours : « quels sont les objectifs que le service public doit atteindre, quels sont les publics prioritaires et quels sont les moyens que la collectivité est prête à investir dans ce service public ? »

« Il existe de nombreuses formes permettant la gestion et le déploiement de service public : la gestion en régie, en régie intéressée, la délégation de service public, la concession, les conventions d’occupation du domaine public, les baux emphytéotiques administratifs, l’externalisation en faveur d’une société d’économie mixte ou encore d’une association sans but lucratif. Choisir parmi ces différentes options ne devrait donc être qu’une décision technique permettant de tirer le meilleur profit des opportunités et des contraintes propres à chaque mode de gestion afin d’offrir le meilleur service. L’avenir réside dans la capacité à clarifier et à formaliser les objectifs politiques qu’on assigne à un service public pour s’assurer qu’ils soient respectés, indépendamment du mode de gestion choisi »… « Une proposition concrète qui éclairerait efficacement les élus appelés à décider d’un équipement nouveau : le coût du fonctionnement doit être évalué et annexé au rapport soumis au vote » (pages 96 et 97).

Une première expérimentation de « changement de forme » ne va pas sans difficultés : « c’est une première en France pour une salle de spectacle municipale, L’Illiade bascule en société publique locale (SPL). Le but, d’après la municipalité, est de gagner en souplesse de gestion. Mais la structure devra devenir rentable. Avec le manque de recul sur ce type d’expérience et le flou juridique qui règne encore autour du dossier, certaines questions et inquiétudes sur la viabilité du projet grandissent » (article de Rue89, 4 novembre 2014).

4. Robert Hermann a défini, dans son livre de septembre 2013, l’objectif des stratégies partagées. Devenu président de la CUS – Strasbourg Eurométropole, il en assume les contraintes, dans le contexte d’une réduction des dotations d’État. Le détail des (premières) réductions d’effectifs à la CUS (article de Rue89, 15 novembre 2014) ; Les vacataires de la CUS, premières victimes des réductions d’effectifs (article de Rue89, 15 décembre 2014).

5. Bonnes feuilles du livre Strasbourg en tête. Robert Hermann est un strasbourgeois de chez Strasbourg : il prône les mobilités, mais il n’a jamais quitté sa ville natale, sauf pour des visites de courte durée dans des villes, en France et à l’étranger, qui sont des exemples pour la politique qu’il souhaite mener. Il prône les NTIC, la dématérialisation des services rendus par l’administration, mais le site de l’ex-CUS est terne, semble dater d’une dizaine d’années, avoir ajouté des couches informatives sans être repensé de fond en comble. Il prône la démocratie participative et donne en exemple le Conseil des résidents étrangers, mais ne pense pas à créer un Conseil des Français de l’intérieur qui ont choisi de vivre durablement dans l’Eurométropole au terme de leurs études, au cours de leur trajectoire professionnelle, ou pour y vivre leur retraite…

6. Enfin le livre de Robert Herrmann, qui connaît sa ville comme sa poche, peut être utilisé comme guide touristique et historique, des années 60 à nos jours. Ce n’est pas là son caractère le moins plaisant ! Il fourmille d’anecdotes sur la Neustadt, la démolition des casernes et la création des logements sociaux et du Campus universitaire de l’Esplanade, le club de foot, les Palais, celui des Fêtes, ceux de la Culture, du Théâtre, de l’Opéra et de la la Médiathèque Malraux, le Grand Contournement Ouest, les Institutions européennes. J’ai également noté un indéfectible attachement à Catherine Trautmann.

Pour aller plus loin. Robert Herrmann sur Wikipédia. 151 chroniques du blog sur les Collectivités territoriales.



20/01/2015
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