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L’absence d’une gauche patriotique, maillon faible de la politique française

 

Il n’existe à ma connaissance, sur l’échiquier politique français, aucun mouvement d’importance qui revendique à la fois une claire appartenance à la gauche et qui assume une attitude patriote sur tous les sujets qui appellent ce positionnement. La doxa du moment considère d’ailleurs que les deux termes sont incompatibles. Toute évocation de l’attachement à la Patrie renvoyant immédiatement celui qui le revendique à la sphère de l’ « extrême droite ».

 

Pourtant la gauche historique, que ce soit celle de Jean-Jaurès, celle de la Résistance ou même celle des années soixante, sans jamais renoncer à l’universalisme de sa philosophie de base, était profondément, structurellement pourrait-on dire, patriote. Il est d’ailleurs curieux que l’on ait oublié ce fait essentiel.

 

Cette doxa oublie également, mais il est vrai que, pour certains, tout ce qui est au delà de leur année de naissance relève de la préhistoire, que le mouvement de la construction européenne, aujourd’hui déliquescent, avait trouvé sa plus forte contestation dans les courants patriotes qui agitaient encore la gauche dans les années 90, notamment autour du mouvement citoyen de Jean-Pierre Chevènement. C’est cette même gauche patriotique qui avait failli faire basculer le référendum sur le traité de Maastricht en 1992 et qui est en partie à l’origine du non au référendum de 2005 sur le traité de constitution européenne.

 

La gauche, jusqu’au Parti communiste, paradoxalement, a été patriote tant qu’elle s’appuyait sur la défense des travailleurs, que les frontières ont toujours protégé, face aux tentatives permanentes du grand patronat d’utiliser l’immigration pour faire baisser le salaire des classes populaires.

 

Mais, quelque part au tournant des années 2000, les cadres et les intellectuels de gauche ont opéré une curieuse volte face historique, qui verra à terme, de façon prévisible, la quasi-disparition du parti socialiste, en remplaçant la défense des travailleurs par celle des immigrés puis des migrants, en substituant aux traditions culturelles françaises populaires un multiculturalisme qui servira de porte d’entrée au fondamentalisme musulman et à son ancrage en profondeur sur notre sol. La désignation des nouveaux opprimés parmi les minorités sexuelles, qui n’en demandaient pas tant, a complété un tableau auquel l’actualité ajoute maintenant la défense végane des animaux, opprimés ultimes, car victimes d’un « génocide boucher ».

 

Cette volte face a été accompagnée par l’émergence d’un nouveau moralisme, là où la gauche issue des Lumières vouait plutôt un culte à la Raison. C’est la gauche qui est aujourd’hui l’apologue de la vertu (la planète, les migrants, les femmes) et qui entend traquer nos moindres comportements quotidiens. Ce tournant s’est opéré autour d’un retournement majeur, qui a transformé le patriotisme en repoussoir et, par déplacements successifs, l’a amalgamé au nationalisme, puis au fascisme et, in fine, dans les recoins les moins subtils du débat, au nazisme.

 

Cette volte face, qui a laissé la gauche non populiste en lambeau lors des dernières élections, est portée par une minorité issue de la petite bourgeoisie nomade, moderniste et technophile. Elle a pour siège la France des métropoles, des petits noyaux urbains coupés du reste du territoire.

 

L’histoire retiendra que Strasbourg a été l’un des laboratoires urbains d’une gauche arrachée à son terreau populaire, et vivant dans la vase clos d’un nouvel entre soi. Le point de départ de ces transformations est probablement le moment où le Front national, qui tenait congrès dans la ville, en 1997, a été diabolisé, puis instrumentalisé par un PS qui venait d’exclure de ses cadres les derniers ouvriers et qui rêvait d’une urbanisation morale et multiculturelle, où l’Islam viendrait rejoindre pacifiquement le petit isolat culturel spécifique Strasbourgeois où cohabitaient catholiques, juifs, protestants. L’épouvantail FN jouait alors le rôle de rassembler cet attelage improbable.

 

A Strasbourg comme ailleurs, les survivants du courant historique patriotique à gauche sont ainsi entrés dans une quasi clandestinité, quand ils n’ont pas eu honte d’eux mêmes, devenus des sortes de maranes, multiculturalistes en public, par nécessité, mais conservant en secret leur patriotisme.

 

Ce retournement stratégique de la gauche française a au moins trois conséquences tragiques, bien au delà du destin de la gauche elle-même. La première est qu’une partie non négligeable de l’opinion, notamment dans les classes populaires, n’a plus aucun débouché politique pour ses convictions et ne peut que se réfugier dans l’abstention, voire dans la l’illusion autoentretenue que le Rassemblement National est peut-être un peu de gauche.

 

La seconde conséquence est que, de ce fait, la gauche, de quelque manière qu’elle se présente, n’a plus, avant longtemps, la moindre chance d’accéder au pouvoir. Elle semble condamnée à un morcèlement sans fin quand elle ne bascule pas dans le trou noir du populisme à la Chavez.

 

La troisième, la plus grave à mes yeux, est qu’elle a généré une polarité, absurde et mortifère, entre d’un côté un multiculturalisme abstrait et minoritaire, mais aux conséquences dévastatrices pour le lien social, et de l’autre un nationalisme de plus en plus affirmé, qui naturalise et racialise les idéaux de la Patrie et la Nation hérités de 1789.

 

C’est donc bien l’absence d’une gauche patriotique qui est à l’origine de cette fausse alternative dans laquelle la France se trouve prise aujourd’hui, et que les élections européennes révèleront cruellement.

 

Philippe Breton

Ovipal

14 octobre 2018

 



14/10/2018
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