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Les macronistes peuvent-ils gagner les législatives ?

 

Au-delà des sondages qui pour l’instant donnent des indications fluctuantes sur l’issue des élections législatives de juin, l’étude des scrutins passés sous la V° République permet d’envisager la victoire de LRM et de ses alliés aux législatives de juin 2022. Mais, du fait des bouleversements politiques en cours depuis 2017, cette victoire n’est pas certaine.

 

Des élections de confirmation

 

Sous la V° République, chaque fois que les législatives ont été organisées dans la foulée de l’élection présidentielle, elles ont constitué des élections de confirmation de la présidentielle. Ce fut le cas en 1981, suite à la dissolution de l’Assemblée nationale par François Mitterrand, qui venait d’être élu président de la République. Cette dissolution permit aux socialistes d’emporter la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale.

 

Le même scénario se produisit en 1988. Et depuis 2002 et l’introduction du quinquennat pour la présidentielle, les législatives ont lieu de façon systématique dans la foulée des présidentielles, tous les 5 ans. Et les résultats des législatives confirment de façon tout aussi systématique celui de la présidentielle qui vient d’avoir lieu, ainsi que l’indique le tableau suivant :

 

 

Si ce phénomène se reproduit cette année, LRM et ses alliés remporteraient par conséquent les élections législatives de juin 2022. Il n’est cependant pas certain que cela soit le cas. En effet, depuis 2017, le système partisan français est l’objet de bouleversements importants.

 

Des partis personnels

 

Des années 1980 au milieu des années 2010, la vie politique française était structurée autour de deux partis dominants, le parti socialiste à gauche et le RPR-UMP à droite. Et la domination électorale de ces deux partis dans leurs camps respectifs se produisait pour tous les types d’élections - présidentielles, législatives, européennes, régionales, cantonales et municipales.

 

Les socialistes avaient davantage de voix que leurs alliés communistes et verts à tous les types d’élections. Et il en allait de même pour le RPR-UMP par rapport à leurs alliés de droite et du centre. Les exceptions à ce schéma étaient rares et se produisaient essentiellement aux européennes (1)

 

Avec la présidentielle de 2017 sont apparus des partis d’un type nouveau, que l’on peut appeler des « partis personnels », créés autour de candidats à la présidentielle (LRM avec Emmanuel Macron, LFI avec Jean-Luc Mélenchon). A la différence du fonctionnement traditionnel où ce sont les partis qui désignent leur candidat à la présidentielle, soit en petit comité, soit en procédant à des élections internes, soit de façon plus récente en organisant des primaires, avec les « partis personnels », ce sont les candidats à la présidentielle qui fabriquent leurs propres partis, qui sont à leur service.

 

Mais ces « partis personnels » sont peu structurés. Leurs scores élevés à la présidentielle, qui reposent sur le charisme de leur leader mais aussi sur l’influence des réseaux sociaux, ne se traduisent pas nécessairement par des scores élevés aux autres types d’élections.

 

Depuis 2017, il n’y a plus en France de parti qui soit dominant pour l’ensemble des types d’élections :

LRM a eu des scores élevés aux présidentielles (2017, 2022), aux législatives (2017) et aux européennes (2019). Mais elle n’a pas réussi de percée électorale aux scrutins pour les collectivités territoriales – ni aux municipales (2020) ni aux élections régionales et départementales (2021) – malgré sa stratégie de débauchage d’élus LR et socialistes.

 

Le RN, a des scores élevés aux présidentielles (2017, 2022), aux européennes (2019) et aux régionales (2021) mais des résultats bien plus faibles aux élections basées sur un ancrage territorial (législatives de 2017, départementales de 2021 et municipales de 2020). Sa faiblesse électorale à ses élections-là ne résulte pas seulement du mode de scrutin, qui lui est défavorable, mais également de la faiblesse de son encadrement.

 

LFI a des scores élevés aux présidentielles (2017, 2022), qui découlent de la personnalité de son leader. Mais aux autres élections, ce parti est devancé par les autres partis de gauche, principalement les socialistes et les verts.

 

Quant aux anciens partis dominants – PS et LR (ex UMP) – ils ont disparu du second tour de la présidentielle dès 2017 et ils ont été balayés à la présidentielle de 2022. Ils ont également été très fortement affaiblis aux européennes de 2019. Mais ils ont conservé une position dominante aux régionales et départementales de 2021 ainsi qu’aux municipales de 2020 (malgré la percée des Verts dans certaines grandes villes).

 

En fait, tout se passe comme si la France comptait deux systèmes partisans parallèles, un système national structuré autour de l’élection présidentielle, favorable à LRM, au RN et à LFI, et un système local, basé sur des traditions politiques plus anciennes, favorable à des partis à forte implantation locale que sont LR et le PS.

 

Les élections législatives quant à elle présentent un caractère hybride. Elles présentent une dimension nationale, par leurs enjeux politiques, et une dimension locale par leur mode de scrutin (un scrutin uninominal par circonscription). Aux législatives de 2017, les deux partis dominants à ces élections furent LRM et LR. Il n’est pas certain que l’on retrouve ce scénario aux législatives de 2022.

 

4 mai 2022

Bernard Schwengler

OVIPAL

 

Pour les exceptions on peut citer les cas suivants :

  • Aux européennes de 1999, une liste de droite souverainiste conduite par Charles Pasqua et Philippe de Villiers devança la liste RPR conduite par Nicolas Sarkozy
  • Aux européennes de 2009, la liste EELV conduite par Daniel Cohn-Bendit devança la liste socialiste conduite par Martine Aubry
  • L’élimination de Lionel Jospin à l’issue du premier tour de la présidentielle de 2002 constitue un autre cas atypique. Mais elle ne remit pas un cause la prépondérance électorale des socialistes sur l’ensemble des autres partis de gauche à ces élections là.

 

 



08/05/2022
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