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La sécheresse, ou comment s'adapter à l'inévitable

 

 

L'alerte sécheresse sévit donc sur l'Europe. Comme on nous l'a dit déjà mille fois, il n'a pas plu cet hiver, dans l'Est comme dans le reste de la France, pendant plus d'un mois. Nouvelle manifestation du changement climatique ou phénomène météorologique récurrent ? La question se pose tant il est nécessaire aujourd'hui, pour éviter les amalgames de certains (« tout est changement climatique ») que les négations d'autres (« le changement climatique n'existe pas »), de faire une claire disjonction entre climat et météo, disjonction qui a un sens certain du point de vue scientifique, mais qui n'a pas aujourd'hui la place qu'elle mériterait dans le débat.

 

 

En l'occurence, la sécheresse actuelle, qu'il ne faut en aucun cas sous-estimer, la situation est réellement grave, semble bien relever de changements météorologiques peut-être de longue durée. De nombreux travaux d'historiens commencent à relier, dans la voie ouverte par Le Roy Ladurie, la météo aux grands évènements qui bouleversent nos sociétés, comme par exemple les émeutes, les déplacements de population, les révolutions. En 1789, tout commence par des émeutes de la faim. Le pain, mais pas la brioche, commencent à manquer, du fait de la rareté du blé, lui-même lié à la sécheresse qui frappe le pays.

 

 

La sécheresse est au cœur de nombreux évènements civilisationnels. A plusieurs reprises en Europe, on traverse à pieds secs les grands fleuves, le Rhin, le Danube, la Loire, la Seine. L'absence de récolte et la diminution drastique du cheptel qui sont la conséquence de ces longues sécheresses provoquent d'innombrables famines sans compter les épidémies, notamment de choléra.

 

 

De la même façon, beaucoup plus tôt dans l'histoire de l'humanité, le fameux « croissant fertile » mésopotamien, qui a vu naître l'une des premières grandes civilisations de la fin du néolithique, s'est transformé en un rien de temps (quelques siècles ?) en un désert aride. La même chose est en train de se passer, dans la corne de l'Afrique de l'Est. Sans qu'il soit question de changement du climat, des aléas météorologiques durables peuvent transformer des régions entières et s'avérer meurtriers.

 

 

Derrière la sécheresse, il y a souvent, comme phénomène majeur, la présence d'un anticyclone qui s'installe, qui dure, qui empêche les dépressions porteuses d'humidité de pénétrer dans nos régions, comme celui qui vient de provoquer le dernier mois sans pluie.

 

 

Un anticyclone ce sont des hautes pressions, concrètement un air plus lourd, pesant, oppressant. Pendant l'épisode de janvier, la méditerranée a vu ses eaux écrasées par l'anticyclone, et son niveau baisser de plus 30 centimètres. Les canaux de Venise ont tout simplement été vidés de leur eau.

 

 

Mais l'anticyclone n'explique pas tout. La sécheresse qu'il provoque est un facteur déclenchant mais elle n'est pas toujours, loin s'en faut, la cause des catastrophes qui s'en suivent. Par exemple la puissante civilisation Maya a connu, tout au long de son histoire, deux sécheresses majeures. La première ne l'a que peu affecté parce que les cultures étaient pour l'essentiel vivrières et peu consommatrices d'eau. La seconde a été catastrophique car les Mayas avaient développé la culture du maïs qui pompe inconsidérément les rivières et les nappes phréatiques. La civilisation Maya ne s'en est jamais remise, elle a disparu et sa population s'est dispersée, d'une fait d'une monoculture peu adaptée aux accidents météorologiques.

 

 

Ce n'est donc pas la météo qui tue, mais le fait que ne nous adaptons pas à ses aléas, pourtant inévitables. C'est la même chose avec les tremblements de terre qui, en eux même, ne tuent jamais personne, puisque c'est l'habitat inadapté qui se révèle meurtrier, comme nous venons de le voir, hélas, en Turquie.

 

 

Nous ne pouvons donc guère influencer la météo (à la différence peut-être du climat) mais nous pouvons changer ce qui doit l'être dans nos sociétés, pour que les changements qu'elle induit aient le moins de prise possible sur nos vies.

L'exemple alsacien est très clair sur ce point, où le développement de la culture intensive du maïs qui prévaut dans la plaine est aux antipodes de ce que nous promet une météo marquée par la sécheresse.

 

 

Philippe Breton

ovipal

4 mars 2023

 



04/03/2023
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