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Macron renverse la table

Jusqu’au dimanche 9 juin, de nombreux observateurs politiques considéraient les européennes de 2024 comme un test avant la présidentielle de 2027 et pensaient qu’un score élevé du Rassemblement national (RN) annonçait une probable victoire de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027.

La dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron a pour effet de rebattre les cartes, et ceci dans une double perspective :

 

A l’heure qu’il est, il n’est pas possible de savoir qui sera le vainqueur des législatives des 30 juin et 7 juillet.

Par ailleurs le vainqueur à ces élections-là ne sera pas nécessairement celui qui l’emportera à la présidentielle de 2027 (en supposant que celle-ci ait lieu à la date prévue).

 

 

Pour envisager les effets politiques de la dissolution de l’Assemblée nationale, nous en sommes par conséquent réduits à effectuer différents scénarii.

 

Scénario n° 1 : victoire du RN aux législatives de 2024.

 

Il est en effet tout à fait possible que le RN gagne les législatives de juin-juillet 2024, soit en obtenant à lui seul la majorité absolue des sièges, soit en ayant le groupe parlementaire le plus nombreux au sein d’une coalition avec des députés Reconquête et éventuellement LR : le mode de scrutin majoritaire à deux tours favorise les partis dominants, cad en l’occurrence le RN, qui aurait par ailleurs des réserves de voix au second tour (électeurs du premier tour de Reconquête et du LR).

 

A l’issue de ces élections, on aurait dans ce cas de figure un gouvernement à majorité RN, dirigé par exemple par Marine Le Pen, qui serait à Matignon, s’appuyant sur une majorité RN à l’Assemblée nationale (ou sur une coalition constituée autour du RN). Marine Le Pen serait en situation de cohabitation avec Emmanuel Macron, resté président de la République. Et les relations de pouvoir entre Macron et Le Pen seraient du même ordre que celles que nous avions eu lors des cohabitations précédentes avec les binômes Mitterrand-Chirac de 1986 à 1988, Mitterrand-Balladur de 1993 à 1995 et Chirac-Jospin de 1997 à 2002 (1).

 

D’une façon générale cependant, l’histoire montre qu’être à Matignon en période de cohabitation ne constitue pas un bon tremplin pour accéder à l’Elysée. Ni Jacques Chirac en 1988, ni Edouard Balladur en 1995 ni Lionel Jospin en 2002 n’étaient parvenus à se faire élire président. Il est en effet plus facile d’accéder à l’Elysée avec le statut d’opposant principal au pouvoir en place qu’avec le statut de chef du gouvernement, confronté aux difficultés quotidiennes de l’action publique et à l’usure du pouvoir.

 

Marine Le Pen a d’ailleurs annoncé qu’en cas de victoire du RN aux législatives de 2024, elle renoncerait à Matignon au profit de Jordan Bardella, afin de se consacrer entièrement à la préparation de la présidentielle de 2027. C’est l’option qu’avait choisi Jacques Chirac en 1993 en laissant Matignon à son « ami de 30 ans » Edouard Balladur. Et on se souvient que cette répartition des rôles entre Chirac et Balladur avait été à l’origine de la rupture entre les deux hommes à l’occasion de la présidentielle de 1995, où ils s’étaient affrontés. Il n’est pas impossible qu’une telle répartition des rôles entre Marine Le Pen, candidate en préparation, et Jordan Bardella, Premier ministre et président du RN, entraine des difficultés du même ordre. 

 

Scénario n° 2 : défaite du RN

 

Le scénario n°2 correspond au cas où le RN, tout en augmentant sensiblement le nombre de ses députés, ne parviendrait pas à obtenir une majorité de sièges à l’Assemblée nationale, pas même avec des alliés. Ce cas de figure cependant supposerait la constitution d’un front antiRN et de bons reports de voix au second tour vers des candidats communs antiRN de la part d’électeurs de sensibilités différentes (des macronistes, des socialistes, des Verts, des LFI) mais dont la motivation principale serait d’empêcher l’élection de députés RN ou proches du RN. Le mode de scrutin majoritaire à deux tours, qui pousse à la bipolarisation, pourrait à terme aboutir à la constitution d’un tel clivage opposant les proRN aux antiRN.

 

Ce scénario cependant semble peu réaliste à court terme (cad pour les législatives de juin-juillet 2024) tant les désaccords entre les dirigeants politiques susceptibles d’appartenir à cet hypothétique front antiFN (des macronistes aux LFI) sont importants.

Pour l’instant on assiste à la constitution d’une sorte de Front populaire autour des anciens alliés de la NUPES (socialistes, communistes, verts et LFI) avec des candidats communs dès le premier tour (2). Mais sur la base des résultats des européennes de 2024, ce pôle social, dont ne font pas partie les macronistes, pèse beaucoup moins lourd d’un point de vue électoral, que le pôle national autour du RN (2)

 

La fin du macronisme vertical

 

Quoi qu’il en soit, il est pratiquement certain qu’à l’issue des prochaines législatives, les macronistes n’auront plus de majorité, pas même relative, à l’Assemblée nationale. Emmanuel Macron sera obligé de choisir le Premier ministre dans un groupe politique qui ne correspondra pas à son orientation politique. Celui-ci sera le véritable chef du gouvernement, tirant sa légitimité du groupe parlementaire ou de la coalition qui le soutiendra à l’Assemblée nationale.

 

Cette dissolution annonce la fin du macronisme vertical, consistant en une conception verticale du pouvoir, qui était basé sur le fait qu’Emmanuel Macron était à fois président de la République et dirigeant de fait du parti majoritaire à l’Assemblée nationale. Le macronisme vertical avait été écorné aux législatives de 2022 avec la perte de la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Mais il pouvait se maintenir du fait notamment d’une utilisation abondante de l’article 49-3. A partir de juillet 2024, à l’issue des législatives, Emmanuel Macron deviendra un président de la cohabitation, avec des pouvoirs beaucoup plus limités.

 

Bernard Schwengler

ovipal

Le 12 juin 2024

 

 

(1) Pendant ces périodes de cohabitation, c’est le Premier ministre et son gouvernement qui déterminaient les orientations politiques et gouvernaient le pays, le président de la République quant à lui étant réduit à un rôle d’arbitre.

 

(2) Etant donné que pour être présent au second tour des législatives, un candidat doit avoir obtenu au moins 12,5% des inscrits au premier tour, étant donné par ailleurs que l’on peut compter avec un taux d’abstention de près de 50% aux législatives de juin-juillet 2024, cela signifie que les candidats ayant eu moins de 25% des suffrages exprimés au premier tour ne pourront pas se maintenir au second tour. Cette contrainte incite aux candidatures communes dès le premier tour. A contrario, sur la base des résultats des européennes de 2024, la plupart des candidats macronistes aux législatives, auront du mal à se maintenir au second tour (dans la mesure où ils ne participeront pas à un système de candidatures communes).

 

 



11/06/2024
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