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Portraits des porteurs de « Gilets Jaunes » et des Zadistes

 

Les ZADISTES

 

 

« Cultiver pour résister à l’urbanisation des terres agricoles : telle est la devise des « zadistes », qui appréhendent les zones d’aménagement différé (ZAD) chères aux bétonneurs comme autant de « zones à défendre ». (Amandine Cailhol, Z comme Zadiste, 2013)

 

Les « zadistes » sont des militant.e.s engagé.e.s dans la protection d'une zone à défendre (ZAD) ; ils ont détournés l’appellation initiale de Zone d'Aménagement Différé : l'occupation et la « mise en culture » d'une ZAD a pour but de repousser, voire d'annuler, la construction sur celle-ci.

 

Les « zadistes » de Kolbsheim sont à l’image des militant.e.s des autres ZAD. Ils appartiennent à toutes les classes d’âges et sont porteurs d’arguments écologiques et veulent une véritable transition économique. Ils cherchent à repenser les modes de vie dans une société individualiste et consumériste dans des sociétés confrontées à des crises économiques de plus en plus graves, marquées avant tout par la fin du pétrole bon marché.

 

 

Ils essaient de favoriser la transition économique en tentant de changer des pratiques et essaient de développer des modes de vie simples et sobres, conviviaux et solidaires. Ils s’appuient principalement sur des modalités coopératives en matière de prise de décisions politiques. Ils visent participent par leur action à la re-socialisation de « l’économie » et cherchent ainsi à contribuer à l’élaboration d’un nouveau modèle de société sans carbone, basée sur le développement durable.

 

Ils cherchent également à (dé)montrer l’absence de perspectives d’une croissance économique permanente et matérialiste qui aggrave les inégalités et qui détruit la planète. Ils préconisent un partage plus équitable des ressources disponibles et veulent offrir une alternative au mode de production industriel. Régler la crise énergétique et climatique, consiste à agir pour conduire à une transition écologique et économique via le développement de secteurs moins polluants avec plus de travail humain. Il s’agit aussi de soutenir les activités économiques locales fondées sur le collectif. En un mot, il faut oeuvrer et militer pour s’orienter vers une société de « Prospérité sans croissance » comme l’écrit Tim Jackson -rapporteur de la Commission britannique du développement durable. (Tim Jackson, « Prospérité sans croissance, La transition vers une économie durable », De Boeck/Etopia, 2010, Bruxelles)

 

Ils passent leurs messages en étant très actifs sur les réseaux sociaux. Au sein des groupes zadistes, la question de la violence est un débat récurrent (Christian Losson, Nicolas de la Casinière, et Sylvain Mouillard, « Dans l’écosystème zadiste », Libération du 31 octobre 2014). Ils sont généralement non-violents et pacifistes ; parfois des pratiques plus « musclées » les font s’éloigner des militants du Larzac et pourraient à un moment donné, leur valoir moins de sympathie dans l'opinion. (Philippe Subra, « Géopolitique de l'aménagement du territoire », Armand Colin, 2014)

 

Aucune Transition majeure ne pouvant s’effectuer sans investir la sphère de l’action politique, du niveau local au niveau mondial. La lutte des grévistes de la faim de Kolbsheim dévoile l’extrême degré d’engagement pour leurs idées qui s’appuient sur le fait que seule l’action politique sera à même de re-socialiser l’économie par la mise au pas d’un pouvoir économique et financier qui affaiblit dramatiquement la démocratie et que que seule l’action politique pourra mettre fin au nivellement par le bas causé par la croissance et la concurrence.

 

Les GILETS JAUNES

 

« Monsieur Macron dit qu’il détaxe le travail …mais moi je vois que tous les gens qui servent de leur voiture pour aller travailler… alors le travail est taxé … alors il enlève d’un côté, pour reprendre de l’autre bien plus… en général, je manifeste pas, là trop c’est trop.» Philippe Salmon (Infirmier libéral à Saint-Vivien de Médoc ; sur CNEWS, 15/11/2018)

 

David, 18 ans, intérimaire : « Je n’aurai pas les moyens d’avoir une voiture »

« Actuellement, je roule en scooter pour me rendre au travail. Je fais une vingtaine de kilomètres chaque jour. Je suis en train de passer mon permis de conduire. J’espère l’obtenir. Mais je ne suis pas sûr que j’aurai les moyens d’avoir une voiture car les coûts sont énormes : l’assurance, la carte grise, et bien sûr, le carburant. Ce n’est pas acceptable. Je serai donc présent samedi pour exprimer mon ras-le-bol. » (le Journal de Saône et Loire /16/11/2018)

 

Michel, 62 ans, retraité : « Il n’y en a que pour les riches »

  • Pour moi, l’augmentation de la CSG (NDLR : contribution sociale généralisée) représente une perte de 600 € par an. Pour compenser, le gouvernement annonce la fin de la taxe d’habitation, ce qui représente dans mon cas, une économie de 200 €. Le compte n’y est pas. D’autant que les autres taxes augmentent. Pour ce gouvernement, il n’y en a que pour les riches. »(le Journal de Saône et Loire /16/11/2018) (https://www.lejsl.com/edition-macon/2018/11/16/paroles-de-gilets-jaunes)

 

Ces citoyen.ne.s sont des automobilistes (ou des motocyclistes ou des motards) appartenant à différentes catégories sociales qui expriment leur « ras le bol » en revendiquant par la suppression de l'augmentation des taxes sur les carburants en préconisant des blocages de la circulation.

 

Ce mouvement de contestation s’organise à partir de Collectifs ; il est né sur les réseaux sociaux à la suite de la mise en ligne d’une pétition   (« Pour une Baisse des Prix du Carburant à la Pompe ! » ) pétition adressée à Ministre de la transition écologique et solidaire par Priscillia Ludosky qui a lancé une pétition, signée par 861 000 personnes (au 16/11/2018).

 

Historiquement les premières manifestations contre le poids excessif de la fiscalité du prix de l'essence remonte à 1933 à Lille (voir « Le Courrier automobile » 15 avril 1933 mise en ligne par le site Gallica). On se souvient des « opérations escargot » (1) de la décennie 1970 et qu’en juillet 1992, un mouvement identique conteste l'instauration du permis à point..

À priori, à l’image du mouvement des « Bonnets rouges » qui fut le signe de ralliement des opposants aux portiques écotaxe en Bretagne et dans l'ouest de la France en 2013

 

L’origine de la manifestation du 17 novembre est liée à l’appel d'un chauffeur routier d’Ile de France sur un réseau social : son appel visait à bloquer le boulevard périphérique et les rues de Paris le 17 novembre 2018. Cette idée a été reprise par de nombreux internautes qui se sont progressivement mis d’accord pour bloquer des routes dans divers départements français. Les témoignages recueillis auprès des participant.e.s à ce mouvement montrent qu’ils/elles exigent des réponses du gouvernement. Leurs manifestations de blocage se signale par l’affichage de gilets jaunes sur les tableaux de bord des véhicules ou sur les sièges des motocycles.

 

Parallèlement à l'appel de ce mouvement sur un réseau social en ligne, les opposants de La République en marche se mobilisent également sur ce même réseau, dans un contre-mouvement massivement partagé sur les réseaux sociaux sur le web, avec plus de 40 000 tweets (le 13 novembre 2018), soit dix fois plus que celle des gilets jaunes à la même date. ( « Gilets Jaunes : tout le monde n'ira pas manifester le 17 novembre en Poitou-Charentes », https://france3-regions.francetvinfo.fr/ 13 novembre 2018 ; consulté le 15 novembre 2018).

 

Le 17 novembre 2018, des contre manifestations de cyclistes, seront organisées par des associations et auront lieu à Saint-Brieuc, à Lons-le-Saunier (Jura), à Tours (Loir-et-Cher) et à Nantes (Loire-Atlantique) (informations disponibles à la date du15 novembre 2018)

 

Une similitude est souvent faite en rapprochant ce mouvement des celui des Bonnets rouges, qui rassembla des opposants aux portiques « écotaxe » dans l'ouest de la France en 2013 ; le point commun est d’abord vestimentaire le gilet de haute visibilité — dit gilet jaune — est utilisé comme signe de reconnaissance par des automobilistes en colère. .. puis relatif à fiscalité. Cependant Béatrice Giblin, géographe, directrice de la revue Hérodote, explique que le mouvement des gilets jaunes ne lui ressemble pas, car celui-ci « avait été pris en main par des vrais leaders, comme le maire de Carhaix, ou les grands patrons de Bretagne. Ça n'est pas le cas pour les gilets jaunes. » (14/11/2018 France Culture).

 

Les sympathies pour les Gilets jaunes sont plutôt populaires, périurbaines et rurales. Un sondage publié par le site de BFM TV, (échantillon de mille personnes, interrogées par internet du 13 au 14 novembre), montre que le soutien aux gilets jaunes s'évaluerait à 85 % pour les catégories populaires et 81 % chez les habitants des communes rurales et des petites agglomérations. (Site BFM TV, page, "sondage BFM TV: 73 % des Français soutiennent la mobilisation des gilets jaunes", consulté le 16 novembre 2018)

 

Les principaux syndicats professionnels de salariés refusent de s'associer directement au mouvement considérant que celui-ci serait trop orientés politiquement. Selon Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT « Ces blocages, tout le monde a compris qu’ils sont récupérés politiquement par l’extrême droite. » (13/11/2018 France Info). Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, ne s’associe pas au mouvement de ce samedi pour éviter toute récupération politique

 

A l’évidence cette fronde sociale ne va pas dans le sens d’un modèle de transition car il présuppose l’utilisation nécessaire et obligée de la voiture principalement lié à l’activité professionnelle. Ces classes généralement modestes ont vécu l’acquisition d’une voiture qui leur coût comme une conquête.

 

Mais cette « la révolte des ménages modestes » et des milieux périurbains et ruraux est une expression complexe et composite. Certes on peut y trouver des relans de Poujadisme et une récupération par les partis « extrêmes » (voir dans ce dossier l’entretien « Trois questions à Andrée BUCHMANN ») ainsi que des arguments anti-écologistes et contre les privilégiés des Centres Ville, les Bobos, mais cette « fronde » permet à certaines personnes de dénoncer les absurdités liées à des politiques fiscales néfastes sur le plan écologique : nombre de professions et activités bénéficiant d'exonérations partielles ou totales (les carburéacteurs aéronautique bénéficient d’une exonération totale) dont l’empreinte écologique est catastrophique.

 

Priscillia Ludosky dit que le lancement de la pétition sur Change.org s’explique par sa volonté de comprendre ce qui pouvait se jouer sur un plan écologique :

« Je me posais pas mal de questions. Pourquoi les tarifs sont si élevés ? Pourquoi le prix du carburant grimpe aussi rapidement ? Je faisais beaucoup de déplacements à Paris pour des raisons professionnelles. Alors, quand je me suis mise à mon compte, j’ai eu plus de temps pour chercher des réponses.

J’ai découvert que l’argument avancé était qu’il fallait financer la transition écologique. J’ai été surprise d’apprendre que les taxes s’élevaient à 60 %. Là encore, j’ai recherché pourquoi et je ne trouvais pas d’explication. »

 

Elle poursuit :

« Je comprends qu’il faille être accompagné dans la transition écologique car nous avons tous de mauvais réflexes. (surligné en gras par l’auteur de l’article) Mais, nous dire qu’il faut acheter de l’électrique pour pouvoir avancer ne me paraît pas pertinent parce que l’électrique pollue aussi, dans la construction et ensuite lorsque les batteries sont usées.

Encore une fois, c’est profiter des ménages pour faire du business.

On cède aux lobbies, aux industries. On ne veut pas froisser les constructeurs automobiles.

(…) On a aucune visibilité sur ce qui va être fait dans le futur. Ça fait longtemps qu’on sait que l’essence et le diesel polluent. Alors pourquoi des choses n’ont-elles pas été déjà mises en place ? » (2)

 

La journaliste Françoise Fressoz donne son explication quant aux intentions en matière de politiques en France ; ce mouvement montre écrit-elle qu’il y a sur un plan politique, une faiblesse des préoccupations écologiques en France : « la révolte des ménages modestes a vite raison des considérations écologiques au sein des partis politiques d’opposition » . (« Gilets jaunes » : de la gauche à la droite, tous écolos… jusqu’à la fronde" Le Monde, 14 novembre 2018).

 

A l’évidence, le degré d’implication, en termes d’engagement politique pour une transition écologique, est très différent entre les militants zadistes et les Gilets jaunes… mais nous venons de voir que chez certains de ces contestataires que sont les Gilets jaunes que les préoccupations écologiques pouvaient faire également l’objet de réflexions. Cette question écologique n’est telle pas la question politique essentielle pour l’avenir de la planète et pour les inégalités de ce XXIème siècle ?

 

Pascal Politanski

ovipal

17 novembre 2018

 

 

 

Notes et références.

 



17/11/2018
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