. . . . OVIPAL - OBSERVATOIRE DE LA VIE POLITIQUE EN ALSACE . . . .

.       .   . . OVIPAL - OBSERVATOIRE DE LA VIE POLITIQUE EN ALSACE . . . .

L'Alsace à la sauce Macron

Officiellement, c’est le Premier ministre Edouard Philippe qui a participé à la dernière ligne droite des négociations qui ont débouché sur la "Déclaration commune en faveur de la création de la collectivité d’Alsace", qu’il a présentée le 29 octobre 2018. En réalité, ce texte  porte l’empreinte d’Emmanuel Macron lui-même, aussi bien dans son orientation, sa formulation et dans sa façon de produire des raisonnements contradictoires.

 

  1. Macron l’Européen

Alors que traditionnellement les prises de position émanant du sommet de l’Etat insistent avant tout sur l’appartenance française de l’Alsace et que les discours proeuropéens que l’on entend souvent en Alsace tendent à être considérés en haut lieu avec une certaine suspicion, cette Déclaration assigne de façon insistante et tranchée un ancrage rhénan et une orientation transfrontalière et européenne à l’Alsace, baptisée « collectivité européenne d’Alsace ». Tout se passe comme si le président Macron avait trouvé en l’Alsace un terrain favorable, lui permettant d’exprimer son « désir d’Europe », qui est beaucoup plus marqué que celui de ses prédécesseurs.

  1. Macron le Girondin

A cette orientation résolument pro-européenne s’ajoute une connotation girondine avec des expressions du type « initiatives locales », « coopération volontaire », « différenciation territoriale », « libertés locales », qui rappellent certains thèmes de la seconde gauche des années 1970-1980 et qui font écho au « pacte girondin » évoqué par Emmanuel Macron lors de son discours de juillet 2017 devant le Congrès.

  1. La philosophie du « d’une part et en même temps»

L’autre caractéristique de cette déclaration réside dans l’utilisation d’une rhétorique construire sur l’affirmation concomitante de points de vue contradictoires, le fameux « d’une part et en même temps » qui est la marque de fabrique du macronisme.

 

C’est ainsi que, d’une part, l’Alsace devient une « collectivité européenne » ayant des « compétences particulières, supplémentaires et spécifiques » et en même temps, elle reste dans le Grand Est, ne devient pas une collectivité à statut particulier et ne bénéficie d’aucun transfert effectif de compétence (à part la gestion des routes nationales) (cf. l’article : La déclaration sur l’avenir de l’Alsace : comment gérer la quadrature du cercle ?)

  1. L’Alsace, sacrée « premier de cordée»

Et en ce qui concerne la coopération transfrontalière, l’un des domaines de compétence qui était revendiqué à la fois par Jean Rottner pour le Grand Est et par Frédéric Biery et Brigitte Klinkert pour la future collectivité d’Alsace, la subtilité dialectique de cette déclaration est poussée à un niveau particulièrement élevé avec le recours à l’expression de « chef de file » (qui correspond à l’idée macronienne de « premier de cordée ») : l’Alsace est consacrée « chef de file «  de la coopération transfrontalière pour l’ensemble du Grand-Est et, en même temps, ce « chef de filat » s’exerce dans le « respect des compétences et avec l’accord de chacune des collectivités »

 

En 2017, la philosophie du « d’une part et en même temps » (de droite et de gauche, libéral et social, jupitérien et ouvert à la concertation, vertical et horizontal…) avait permis à Emmanuel Macron de bousculer ses adversaires sur son flanc droit et sur son flanc gauche et d’attirer vers lui des sympathisants de tous les bords (Modem, socialiste, les républicains, verts, société civile…). Une année et demi plus tard, après quelques démissions et une côte de popularité en berne qui a rejoint le niveau de celle de ses prédécesseurs 18 mois après leur élection, le charme a pris fin.

 

Il est probable que la Déclaration sur l’avenir de l’Alsace connaitra un sort analogue. Pour l’instant, le « d’une part et en même temps » qui lui sert de colonne vertébrale permet à chacun (Elus du Grand Est, des départements 67 et 68, représentants de l’eurométropole Strasbourg, parlementaires LRM, LR…) de trouver ce qu’il y veut et de se déclarer satisfait. Mais il en ira de façon différente lorsqu’il s’avérera qu’au bout du compte la volonté présidentielle est de faire de l’Alsace une collectivité, dite européenne, mais ayant à peu de choses près le statut et les compétences d’un simple département.

 

Bernard Schwengler

ovipal

11 novembre 2018                                                                

                                                                                                       

 



11/11/2018
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 806 autres membres