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Mélenchon, un électorat de gauche ? Rien n'est moins certain

 

Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur l'électorat de la France insoumise et sur le rôle pivot que celui-ci pourrait jouer au deuxième tour des élections présidentielles. Je ne souhaite pas ajouter du commentaire aux commentaires déjà bien fournis.

 

Un point cependant mérite l'attention et qu'on s'y arrête un moment : on entend fréquemment l'assertion selon laquelle la France insoumise et ses électeurs seraient « de gauche » et constituerait donc un « troisième pôle » à côté aux deux camps qui sont en vis-à-vis jusqu'à dimanche.

 

L'électorat de LFI de gauche ? Rien n'est moins certain. L'analyse fine des résultats montre clairement qu'il s'agit d'un électorat composite, voire très composite. Comme dans tout matériau composite tout dépend du liant. Or ici, ce qui relie ensemble les différentes fractions de cet électorat ne résistera sans doute pas au deuxième tour, tant il s'agit d'un regroupement de circonstance.

 

Quelles sont les différents composants de cet électorat du premier tour, et comment se comportera-t-il, de façon différentielle, au deuxième tour et après ?

 

On distinguera, à la fois sociologiquement et politiquement :

 

 

  • A ceux qui sont très attachés aux valeurs de gauche et d'extrême gauche défendues classiquement par JL Mélenchon. Ils sont souvent militants et adhérents à des associations ou des syndicats. C'est un électorat urbain de centre ville

     

  • B ceux qui votent à gauche (hors LFI) et qui ont choisi, circonstanciellement, de voter Mélenchon au titre du « vote utile »

     

  • C ceux qui ont déjà voté Mélenchon, sans adhérer à son programme idéologique (souvent peu connu pour eux), mais aux yeux de qui il représente une forme d'opposition radicale et d'exutoire politique à des frustrations qui peuvent tout aussi s'exprimer dans l'abstention ou dans le vote Marine le Pen. Il s'agit d'un électorat souvent péri-urbain, voire rural. (nous avons montré, lors d'élections précédentes, qu'en Alsace, cet électorat de premier tour se reportait facilement sur Marine Le Pen)

     

  • D ceux qui, dans ces élections, sans être de gauche ni en rupture radicale avec le « système » ont choisi ce vote Mélenchon comme « vote rejet » de Macron

     

  • E ceux qui, au nom d'un vote communautaire cristallisé autour de la lutte contre une « islamophobie » présumée, ont estimé que Mélenchon était celui qui donnait le plus de garantie à la satisfaction de revendications communautaires. Il s'agit d'un électorat de banlieue, ou de villes fortement islamisées, dont certains votaient dans le temps pour le PS, pour les même raison, mais dont la majorité avait plutôt tendance à s'abstenir, soit par défaut d'intégration, soit pour suivre les consignes islamistes pour qui la démocratie est un « péché ».

 

 

 

On le voit, l'électorat de la LFI est assez composite et ne peut guère être qualifié « de gauche » dans son ensemble. Cela dit, tout dépend de la répartition numérique de chacune de ces composantes. Si les composantes A et B sont largement majoritaires, on pourra soutenir que le vote Mélenchon est globalement de gauche. Ce n'est pas l'hypothèse que nous faisons ici.

 

En Alsace par exemple, les gros bataillons de voix des banlieues, où certains bureaux de vote passent de 15% de participation aux précédentes élections, à 70% de participation dont 70% uniquement pour Mélenchon au premier tour des présidentielles, montre bien d'une part un vote de circonstance, d'autre part un vote communautaire soutenu par les associations musulmanes et les mosquées.

 

En Alsace toujours, le vote pour Mélenchon dans le monde rural et péri urbain n'est pas négligeable et il représente très rarement un vote de gauche (il se reporte facilement sur Marine Le Pen). On voit au passage le paradoxe : un électeur pour qui Le Pen et Mélenchon représente à peu près la même chose dans la radicalité qu'ils permettent d'exprimer, met dans l'urne le même bulletin que l'électeur fortement influencé par l'islamisme. Plus composite que cela …

 

Du coup revient la question qui hante tous les esprits et qui fait le miel des sondages du moment : comment l'électorat, où plutôt les électorats de JL Mélenchon se reporteront au deuxième tour. On serait tenter de faire un tableau prévisionnel :

 

 

 

 

 

On voit bien, l'aune de ce tableau, que l'abstention, le vote blanc et le vote le Pen formeront probablement le débouché de la grande majorité des votes du deuxième tour des électeurs, aux motivations très hétérogènes, qu'a rassemblé JL Mélenchon au premier tour.

 

 

Philippe Breton

ovipal

18 avril 2022

 



18/04/2022
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