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Strasbourg sous l’emprise des 3 V ? Episode 1 : V comme Vélo

Au fond, c’est simple. Quand on ne peut, ou quand on ne veut, plus faire de politique, on se laisse guider par l’idéologie. C’est peut-être le cas des édiles de Strasbourg. La recomposition politique du moment et les divisions qui s’en suivent au niveau des équipes municipales, empêchant les uns et les autres de tenir une ligne politique, voilà que l’idéologie, déjà bien présente, occupe le devant de la scène et sert de légitimité à l’action publique.

 

C’est dans ce contexte que les 3 V deviennent un guide pour l’action, pour le meilleur et pour le pire. Les 3 V ? Vélo, Végan, Vie nocturne… qui sont les trois grands ressorts des changements de fond que connaît la Ville de Strasbourg au niveau de ses mœurs quotidiennes. Ces 3 V marquent de leur empreinte, très forte, l’espace public de la "multi-capitale". Les manuels d’histoire que l’on écrira dans le futur, sur le passé de la ville, garderont sans doute la période en cours comme le marqueur d’un tournant radical dans la vie de la Cité, dont on se saura que dans l’avenir, s’il a été durable.

 

Vélo ? La ville s’était adonnée avec beaucoup d’entrain, dans les années soixante, à une politique de déplacement urbain articulée autour de la voiture, qui devait pouvoir pénétrer partout. On avait alors supprimé le tram, aussi bien l’intra urbain, que celui qui reliait la ville à la campagne (notamment le Kochersberg). Les inconvénients étaient connus, le bruit, la pollution, jusqu’à la Cathédrale, dont les pierres de grès étaient rongés par les gaz d’échappement, l’occupation de l’espace public par des voiries importantes. Les anciens se souviendront, à titre d’exemple, de la rue d’Austerlitz avec ses trottoirs de 80 cm de large par endroit, ou de la Place Kléber, siège par moment d’improbables rodéos automobiles sur la rue qui en faisait le tour complet. Il y avait aussi des avantages à cette situation, l’accessibilité rapide en voiture de tous les points de la ville, et aussi la séparation claire et nette des voiries, entre les automobiles et les piétons, ces derniers se sentant en sécurité dans les espaces qui leur étaient réservés, trottoirs et places. Les vélos, peu nombreux à l’époque, mais pas inexistants, trouvaient, bon gré, mal gré, leur chemin au milieu des voitures, sans plaintes majeures (votre serviteur, qui le pratique en ville depuis 50 ans, peut en témoigner…).

 

Et puis la gauche, socialiste et écologiste, est arrivée au pouvoir municipal. L’ouvre-boîte d’un changement radical de politique a été le tramway, choisi peut-être, par Catherine Trautmann, pour d’éventuelles meilleures performances que le métro, alors décidé par la droite centriste (Marcel Rudlof, en l’occurrence), mais surtout parce que son emprise sur la voirie rendait matériellement impossible l’existence même de la voiture en ville. Jusque là, une politique urbaine, discutable mais raisonnable. Mais voilà que, patatras, la majorité socialiste se rétrécissant et ayant donc un besoin électoral vital de la minorité écologiste, le règne des ayatollahs verts a commencé.

 

Le vélo, promu sauveur de l’humanité, s’est vu attribuer la part belle de l’espace public, dans tous les sens du terme. Fini le partage des voiries qui rendait les déplacements confortables pour chacun parce que clairement séparés. Le vélo s’est vu arroger tous les droits, terrorisant les quelques voitures qui s’aventurent encore en ville, et surtout sommant les piétons de s’écarter, à grands coups de sonnettes rageuses, sur les lieux mêmes où ces derniers seraient pourtant prioritaires.

 

On reconnaît l’idéologie notamment à ce qu’elle culpabilise ceux qui ne se rendent pas à ses visions totalisantes. Nous sommes donc passés d’une politique du vélo, bien légitime, à une idéologie du vélo, contraignante, obligatoire et bien-pensante. Et gare à celui qui ose émettre des doutes ou des réserves sur l’arraisonnement de l’espace public tout entier par les partisans de la « petite Reine », qui n’a jamais aussi bien mérité son nom. Quant au petit, mais très visible, pourcentage de voyous qui s’est glissé parmi les vélocyclistes, ceux qui foncent dans la foule en prenant les piétons pour des quilles, et qui prennent la fuite quand ils en renversent l’un ou l’autre à l’occasion, il ne se trouve personne, parmi nos ayatollahs et leurs affidés associatifs, pour les condamner.

 

Rien de plus triste à cette occasion, que de voir un malheureux piéton, bousculé sur un trottoir, par un voyou à pédale qui n’a rien à y faire, s’excuser platement de s’être opposé au sauvetage de la planète et, accessoirement, à la politique, pardon, l’idéologie municipale. Soumission, disait un auteur fameux, dans un autre contexte….

 

(A suivre. Prochain épisode : V comme Végan….)

 

Philippe Breton

ovipal

17 juin 2018



17/06/2018
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