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Du Front national au Rassemblement national : radioscopie d’un changement paradoxal

En endossant sa nouvelle dénomination, le parti de Marine Le Pen poursuit sa stratégie de dédiabolisation engagée en 2011. Le Front, vieille référence à connotation guerrière héritée des années 1970, époque où le parti de Jean-Marie Le Pen ressemblait à un groupuscule, est jeté aux orties. Il est remplacé par le Rassemblement, censé symboliser la main tendue de Marine Le Pen à l’ensemble des membres de la mouvance souverainiste.

 

Par ailleurs, avec Rassemblement, le parti de Marine Le Pen s’élève dans l’échelle symbolique des organisations politiques. Dans l’histoire politique de la France depuis la fin des années 1940, Rassemblement était l’apanage des différents mouvements gaullistes qui se sont succédés, qui furent soit des Unions – UNR, UDR, UMP – soit des Rassemblements – RPF, RPR, alors que la plupart des autres organisations n’étaient que des partis.

 

A cet égard, le choix de Rassemblement par le parti de Marine Le Pen relève d’un grand classicisme, comparativement aux nouvelles dénominations qui se sont mises à fleurir en France ces dernières années et qui sont choisies de façon à ce qu’il soit pratiquement impossible de les associer aux dénominations traditionnelles des organisations politiques, qu’il s’agisse de parti, de rassemblement ou d’union

 

- Les lointains successeurs des gaullistes sont Les républicains (et non pas le parti républicain ou le rassemblement républicain)

- Les macronistes sont Les marcheurs (La République en marche)

- Les mélenchonistes sont Les insoumis (La France insoumise)

- Les Hamonistes s’appellent Génération.s.

 

Pour faire comme eux, le Front national aurait dû s’appeler Les patriotes. Le nom étant déjà pris, et Les nationaux ne permettant sans doute pas une dédiabolisation suffisante, le choix de Rassemblement national correspond finalement à une position intermédiaire entre ceux qui refusent de changer de dénomination– PCF - PS – et peuvent par conséquent invoquer la fidélité à leurs idées et ceux qui, en quête de modernité et pour épouser la tendance générale de rejet des partis politiques, adoptent des dénominations en rupture avec l’idée même de parti politique.

 

Mais évidemment, chacun sait que l’habit ne fait pas forcément le moine.

 

Le 18 juin 2018

Ovipal

Bernard Schwengler

                                                                                                                    

 

En première approche le terme « Front », dans l’ancien nom de la formation de Marine Le Pen, renvoyait bien, justement, à une approche « frontale », terme au caractère offensif bien formé. Là où « Rassemblement » renvoie à un déploiement plus latéral, plus englobant. Un élargissement donc, en vue de prendre le pouvoir, une volonté affichée aussi, de ne pas y aller seul, mais ensemble, avec d’autres formations politiques.

Cet annonce d’une sortie de la solitude, si l’on peut dire, royale, dans laquelle se tenait l’ex-FN, s’accompagne paradoxalement d’un rétrécissement du champ politique qu’il souhaite occuper. Rappelons-nous. Le FN est parti au combat présidentiel, et législatif, en 2017, avec un parti qui affichait clairement son « ni-gauche, ni-droite » et qui avait promu comme numéro 2, un ancien de la gauche chevènementiste, qui ne reniait pas ses origines politiques. Difficile de ne pas ratisser plus large !

 

Après la défaite que l’on sait (toute relative, vu le score sans précédent du FN), le FN, après une longue période de flottement dont le RN n’est pas tout à fait sorti, change, mine de rien, complètement de stratégie. Le voilà maintenant qui s’affiche clairement parti de droite, et qui propose l’alliance, le « rassemblement » aux autres partis de droite : les Républicains de Vauquiez, qui répond par une moue un peu hypocrite à cet appel du pied, quelques groupuscules d’extrême droite, qui du coup reprennent pieds dans le débat, la mouvance très Jeanne d’Arcquiste qui soutient Marion Le Pen, et le facétieux Dupont Aignan (une fois oui, une fois non). Plus question de gauche, même « patriotique », dans ce nouveau Rassemblement, qui ne concerne finalement que les terres de droite.

 

Que peut-on retenir de ce changement de pied dans la dénomination du parti toujours Le Peniste ? Là où le vieux Front de Jean Marie semblait relativement indifférent à la question du pouvoir, au moins dans le contexte des institutions démocratiques, le nouveau Rassemblement de Marine fait dans la politique, au sens classique du terme. Puisque l’élargissement ni-gauche ni-droite avec une pointe de populisme semble ne pas avoir marché (c’est en tout cas le diagnostic interne), changeons, comme n’importe quel parti de la Vème République, de stratégie, de nom, et cherchons à nouer des alliances, avec tout l’esprit de compromis que cela suppose.

 

On ne pourra au fond que se réjouir de cet hommage rendu à ce qui fait le sel de nos institutions politiques, une forme aboutie de souplesse, d’adaptabilité, mieux, de ce qu’on appelait avant, d’opportunisme, vice moral que le régime démocratique a transformé en vertu politique.

 

Philippe Breton

Ovipal

30 juin 2018 



30/06/2018
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