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La route dans tous ses états et ses « mobilisations citoyennes » paradoxales

Zadistes écologistes anti-GCO en grève de la Faim, Collectifs « Gilets Jaunes » et blocages de la circulation … Quelques analyses à tirer en matière de transition économique et écologique.

 

 

Notre analyse sur le dossier du GCO (Grand Contournement Ouest de Strasbourg) publiée le 10 septembre dernier sur notre site de l’OVIPAL était assez juste et même plutôt prédictive.

 

Nous faisions le constat qu’une « (…) zone de tensions politiques émerge très clairement au sein de l’Eurométropole » et que « (…) les débats autour des dossiers transports de l'Eurométropole comme celui relatif à la deuxième ligne de Tram à Schiltigheim seront affectés par cette lutte anti-GCO qui sera à la fois un point d'appui et une référence... mais également une profonde source de tensions puisque le GCO est soutenu par – Robert Herrmann, président de l’Eurométropole et depuis 2014 par le Maire de Strasbourg, Roland Ries » (1).

 

A peine un mois plus tard les élu.e.s du Groupe « Ecologistes et Citoyens » à l’Eurométropole quittent leur poste de responsabilités au sein de l’exécutif de l’Eurométropole.

 

Ils mettent en avant les arguments suivants dans leur déclaration sur le site des Elu.e.s Europe Ecologie Les Verts (2) et les reprennent dans la revue Eurométropole Magazine en dénonçant le choix fait en faveur du GCO (3) :

 

«  En positionnant l’Eurométropole comme fer de lance d’un projet inutile et dépassé, le Président disqualifie les avancées écologiques du territoire : transition énergétique, Plan Climat, rénovation thermique, éco-quartiers, qualité de l’air, zéro déchet et économie circulaire.

Cette incohérence décrédibilise ces politiques pourtant majeures. Dans ces conditions, nous ne pouvons continuer à exercer nos délégations sur ces sujets et décidons collectivement de quitter l’exécutif de l’Eurométropole. Il en va de la cohérence de notre action. » 

 

 

L’enquête de concertation relative à la nouvelle ligne de tram sur Schiltigheim auprès de la population, pourtant annoncée comme imminente, est sans cesse repoussée …

 

Le GCO est effectivement un profond révélateur des différences de projets politiques au sein de la classe politique alsacienne et certainement nationale en matière de construction (auto)routière. Pour ce qui est de l’Eurométropole cette décision prend une place particulière et assez cruciale en ce qui concerne les questions environnementales reliées aux mobilités. Par exemple, l’enquête de concertation auprès de la population qui devait être menée au sujet de la ligne de tram desservant le nouveau quartier Fischer et la route du Général de Gaulle jusqu’au Quartier des Ecrivains, pourtant annoncée comme imminente, est repoussée. Quelle part le GCO y tient-elle ? Le report sera-t-il sine die se demandent certains.e.s élu.e.s « Ecologistes et Citoyens ». (voir dans ce dossier l’entretien « Trois questions à Andrée BUCHMANN »)

 

Pour rappel, ce projet de ligne de TRAM avait été prévu, budgétisé et voté par la CUS en 2013, puis abandonné un an plus tard. Certains élus des communes principalement concernées -Schiltigheim et Bischheim- avaient pesé de tout leur poids… justement en mettant le GCO dans la balance. « L’urgence enfin, le volet Ouest du Plan de Déplacement Urbain soumis aux communes, repose sur la mise en service d’un GCO aujourd’hui abandonné. » écrivait M. Jean-Marie Kutner, alors conseiller municipal en 2012 (4), puis ex-Maire de Schiltigheim, ayant décidé de retirer sa liste au second tour des élections municipales anticipées en avril dernier.

 

Les spécialistes des mobilités savent qu’un projet d’aménagement de TRAMWAY est l’occasion de réaménager les voies de circulation et de créer de nouvelles pistes cyclables. Cela a toujours été le cas à Strasbourg ; les aménageurs savent que cela permet également la création d’espaces de circulation pour les piétons plus sûrs, plus confortables et conformes aux normes accessibilité handicapés. Enfin, que cela est fait pour assurer une meilleure accessibilité des commerces et des services par les piétons. Mais pour l’instant ce « bras de fer » autour d’un projet politique de première importance va-t-il décaler le calendrier prévisionnel des travaux pour bien après 2020 ? Voire risquer d’annuler le projet ?

 

Le principal problème en matière de transports c’est qu’« il faut penser l’ensemble des modes de déplacement et non chacun séparément, adopter ce que j’appelle une approche omnimodale. Ce qui compte, ce n’est pas de préserver la mobilité en voiture, mais la mobilité en général (…) » analysait Frédéric HERAN, chercheur sur les mobilités et les transports, dans une interview (5). Le chercheur nous expliquait dans un entretien récent que si le 24 février 1992 l’hyper-centre de Strasbourg avait pu être fermé, cela fut surtout possible parce que en 1991, un tronçon d’autoroute avait pu être construit au sud de Strasbourg aux alentours de l’ancienne Communauté Urbaine de Strasbourg ; de fait « en France, en particulier, la baisse du trafic en ville ne peut être envisagée que lorsqu’on construit de l’autoroute. Finalement on ne fait que déporter le trafic alors qu’il faudrait choisir politiquement de le réduire significativement » (6).

 

En clair, il faut comprendre que les astres doivent bien être alignés pour être en capacité de favoriser une politique de transports en commun permettant un délestage des villes ; cela n’est possible que lorsque l’on construit des tronçons de routes alors qu’il conviendrait d’accompagner une véritable transition … comme le disent les experts et spécialistes du climat -notamment ceux du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) (7).

 

 

Les discours écologiques des experts généralement partagés par la classe politique, mais des politiques incohérentes…

 

Il est par ailleurs intéressant de constater que les gouvernants et les partis politiques (et pas seulement les écologistes) reprennent généralement à leur compte ce que disent les spécialistes du climat -notamment ceux du GIEC. En effet, les experts du GIEC sont assez catégoriques. Son récent rapport met en exergue un certain nombre de conséquences des changements climatiques qui pourraient être évitées si le réchauffement était limité à 1.5 ºC, et non à 2 ºC ou plus :

 

« Ainsi, d’ici à 2100, la probabilité que l’océan arctique soit libre de glace en été serait d’une fois par siècle si le réchauffement est limité à 1.5 °C, mais d’au moins une fois tous les dix ans s’il est limité à 2 °C. Avec un réchauffement de 1.5 °C, 70 à 90 % des récifs coralliens disparaîtraient, alors qu’avec un réchauffement de 2 °C, la quasi-totalité ( > 99 %) serait anéantie. » (8)

 

Un réchauffement climatique qui paradoxalement fait frissonner quant à ses conséquences. Comment expliquer alors les décalages ou les doubles discours en matière d’écologie ?

 

S’appuyant sur les analyses de ce rapport du 8 octobre dernier, Emmanuel Macron avait demandé le 16 octobre dernier que « tout le monde agisse maintenant » contre le réchauffement climatique car le groupe d’experts explique que, si de sérieuses mesures ne sont pas prises, le risque d’un réchauffement atteindra 1,5° degré dès 2030. Le rapport du GIEC « appelle à notre responsabilité individuelle et collective » pooursuivait-il. Le président Macron ne fait que redire ce qu’il avait formulé lors du One Planet Summit en décembre 2018, qui avait débouché sur l’Accord de Paris : « On est en train de perdre la bataille. On ne va pas assez vite et c’est ça le drame (…) On doit tous bouger car on aura tous à rendre compte » .

 

Ces conclusions scientifiques et politiques posent la question de la transition du système économique, tant pour sa production que pour sa consommation. Mais la cohérence des actions en matière écologique est bien loin d’être acquise et génère des doubles discours. Le 14 novembre dernier, le Premier ministre Edouard Philippe annonce à quelques jours de la mobilisation des « gilets jaunes » contre la hausse des taxes sur les carburants, le maintien de la "taxe carbone" et en même temps une "Super prime" à la conversion de 4000 euros. Bref une série d’annonces favorables aux automobilistes. A l’évidence il manque un plan global et une volonté politique : vouloir diminuer l’usage de la voiture sans développer les déplacements alternatifs ne sert à rien.

 

Ces contradictions se retrouvent dans les mobilisations citoyennes, paradoxales en tout genre.

 

D’un côté, il s’agit d’appeler à cette transition en réduisant la voiture. Le 22 octobre 2018, 10 femmes et hommes ont entamé une grève de la faim pour demander un moratoire sur le Grand Contournement Ouest de Strasbourg et la remise à plat du dossier. Aujourd’hui il reste cinq grévistes de la faim qui continuent leur action de manière déterminée, dans l’église protestante, à Bischheim, près de Strasbourg (9). La solidarité grandit autour d’eux, notamment par les jeûnes d’une journée : « 500 journées de jeûne solidaire ont déjà eu lieu » dit Maurice Wintz, le président d’Alsace Nature.

 

En face, le mouvement des collectifs des gilets jaunes qui entend continuer à l’usage de la voiture. L'appel vient d'abord des réseaux sociaux. La mèche a été allumée par une pétition, en passe de recueillir un million de signatures contre la récente "taxe carbone" . Ils luttent contre la hausse du prix des carburants et veulent faire entendre leur colère le 17 novembre. Automobilistes, munis de leur gilet jaune, ils organiseront des opérations de blocages des axes routiers.

 

Ces mobilisations citoyennes autour de la route et ses usages sont donc paradoxales et antagonistes. Ces grands écarts des mobilisations citoyennes viennent questionner la difficile prise en compte des dimensions écologiques et l’incohérence à leur manière dans l’ensemble des politiques publiques à l’échelle de notre territoire. Elles posent avec acuité le fait que l’accord sur un modèle de transition économique qui soit écologique est loin d’être acquis.

 

 

Pascal Politanski

ovipal

17/11/2018.

 

 

Notes et références.

 

(1) L’Etat républicain va devoir faire face en Alsace à une amplification des fractures et tensions politiques

(https://www.ovipal.com/blog/l-etat-republicain-va-devoir-faire-face-en-alsace-a-une-amplification-des-fractures-et-tensions-politiques)

(2) L’urgence climatique exige de la cohérence ! Les élu.es écologistes quittent l’exécutif de l’Eurométropole – Conférence de presse du 17/10/2018 (https://elus-strasbourg.eelv.fr/2018/10/19/lurgence-climatique-exige-de-la-coherence-les-elu-es-ecologistes-quittent-lexecutif-de-leurometropole-conference-de-presse-du-17-10-2018/)

(3) L’urgence climatique exige de la cohérence ! Les raisons de notre sortie de l'exécutif

(source : EUROMÉTROPOLE MAGAZINE N°20 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2018, page 30 / https://www.strasbourg.eu/edition/-/entity/id/3294929?_eu_strasbourg_portlet_entity_detail_EntityDetailPortlet_returnURL=https%3A%2F%2Fwww.strasbourg.eu%2Feditions%3Fp_p_id%3Deu_strasbourg_portlet_search_asset_SearchAssetPortlet%26p_p_lifecycle%3D0%26p_p_state%3Dnormal%26p_p_mode%3Dview)

(4) La ville en débat Nouvelle ligne de tram entre Vendenheim, Strasbourg et Wolfisheim « Une erreur » pour les Schilikois, point de vue publié le 12/07/2012 ( http://www.dna.fr/politique/2012/07/12/une-erreur-pour-les-schilikois   )

(5) GCO : entretien avec Frédéric Héran, chercheur sur les mobilités et les transports (https://www.ovipal.com/blog/gco-entretien-avec-frederic-heran-chercheur-sur-les-mobilites-et-les-transports)

(6) Entretien avec Frédéric Héran mené le 15 novembre 2018.

(7) Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat est créé en 1988 suite à une initiative politique de nature internationale, dépend de l’Organisation météorologique mondiale et du Programme des Nations unies pour l’environnement. Il a donc pour mission d'« établir régulièrement une expertise collective scientifique sur le changement climatique ».

(8) Communiqué de presse du GIEC, 8 octobre 2018, (https://www.ipcc.ch/pdf/session48/pr_181008_P48_spm_fr.pdf)

(9) « Grève de la faim anti-GCO: la santé des militants inquiète les médecins » (Dernières Nouvelles d’Alsace du 15/11/2018)

Alors qu’ils approchent de leur 5e semaine de grève de la faim, les cinq militants anti-GCO inquiètent l’équipe médicale de six médecins (dont un psychiatre) qui les suit. (https://www.dna.fr/edition-de-strasbourg/2018/11/15/la-sante-des-militants-inquiete-les-medecins)

(10) Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement de protestation apparu en France à la fin du mois d'octobre 2018, en réaction à l'augmentation des taxes sur les carburants destinés aux véhicules automobiles.

Priscillia Ludosky a lancé sa pétition qui atteint aujourd’hui plus de 800 000 signatures, sur change.org.

(https://www.change.org/p/pour-une-baisse-des-prix-%C3%A0-la-pompe-essence-diesel)

 

 

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Voir également notre dossier GCO sur ce même site de l’OVIPAL :

 

 

L’Etat républicain va devoir faire face en Alsace à une amplification des fractures et tensions politiques

https://www.ovipal.com/blog/l-etat-republicain-va-devoir-faire-face-en-alsace-a-une-amplification-des-fractures-et-tensions-politiques

 

 

 

Intégralité de l’intervention prononcée par Mme Danielle DAMBACH, le 8 septembre 2018

https://www.ovipal.com/blog/integralite-de-l-intervention-prononcee-par-mme-danielle-dambach-le-8-septembre-2018

 

 

GCO : entretien avec Frédéric Héran, chercheur sur les mobilités et les transports

https://www.ovipal.com/blog/gco-entretien-avec-frederic-heran-chercheur-sur-les-mobilites-et-les-transports

 

 

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17/11/2018
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