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ARTE chantre (in)volontaire du grand remplacement ?

 

Les panneaux publicitaires de Strasbourg ont abrité un temps une affiche publicitaire en faveur de la chaîne de télévision franco-allemande ARTE. Cette publicité s'inscrit dans le contexte d'une autre campagne publicitaire pour la chaine de télévision payante Canal+.

 

Canal+ avait inondé les canaux publicitaires habituels d'une publicité construite autour d'un récit et d'un acteur connu. Elle mettait en scène , de façon humoristique, un personnage que son entourage harcelait pour obtenir ses codes d'accès à la chaine cryptée.

 

Se greffant sur la notoriété obtenue par cette publicité, ARTE a mis en avant, dans cette affiche publicitaire, le fait que l'accès à ses contenus était, lui, gratuit. D'où un slogan en forme de clin d'oeil : « vous avez déjà les codes/accédez gratuitement à des milliers de programmes ». L'affiche est complétée par un visuel qui représente ceux qui sont censés « avoir déjà les codes ». Qui est ce « vous » ? A quel public s'adresse cette publicité ? Qui est la « cible » ?

 

C'est là que l'affaire se complique. Le visuel représente cinq personnages, tous jeunes. L'un d'entre eux est en partie caché. Tous sourient. On distingue une jeune femme blonde, un personnage avec des cheveux bleus et au sexe indéterminé, un garçon à lunettes dans une pause réflexive, et une personne au sexe lui aussi indéterminé, les deux personnes ayant la peau foncée.

 

Là on a le choix de l'interprétation : ou le message d'ARTE s'adresse à un public spécifique dont les quatre personnages sont les représentants, ou il s'adresse à un public très large et dans ce cas quel est le rôle des quatre personnages figurants sur l'affiche ?

 

La première hypothèse ne tient pas. ARTE n'a pas financé une campagne publicitaire juste pour s'adresser aux jeunes femmes blondes, aux porteurs de cheveux bleus au sexe indéterminé, et aux jeunes intellectuels « issus de la diversité » comme disent certains. Une telle publicité ciblée n'a guère de sens, car elle ne touche pas quantitativement grand monde et le créneau est bien trop étroit.

 

La deuxième hypothèse contient une question : pourquoi choisir, dans une publicité généraliste quatre personnages qui ne représentent qu'un segment étroit de l'ensemble du public que l'on peut viser ?

 

Un esprit malicieux dira que c'est peut-être ainsi que la chaîne culturelle voit, non pas la société réelle, mais la société idéale, celle de demain. Cette affiche publicitaire contiendrait donc un message subliminal : voilà la société désirable, celle qui a, comme le dit le texte « a déjà les codes ».

 

De fait la chaîne ARTE, par ailleurs diffuseur, sans équivalent, de contenus intellectuels riches et variés, fait régulièrement entendre une petite musique qui flirte, de façon conformiste, avec le « wokisme ». Ses promoteurs ne s'en cachent pas.

 

Donc, les personnages sur l'affiche portent bien un récit qui décrit une sorte de monde idéal. Récit qui trouve toute sa résonance dans le contexte d'une campagne électorale qui se joue sur des thèmes de droite. Le problème est que ce « monde idéal » en positif ressemble comme deux gouttes d'eau au monde que décrit, en négatif, Renaud Camus, comme celui de l'après « Grand remplacement ».

 

Un monde où l'auteur de l'ouvrage éponyme dénonce tout aussi bien l'indétermination sexuelle, la disparition symbolique puis physique des hommes blancs (jeunes ou vieux), le remplacement par les peuples du Sud qui s'approprient les femmes blondes... Bref, tout ce que l'affiche montre comme idéal.

 

La chaîne franco-allemande ferait-il preuve d'un troisième degré subtil en voulant ainsi critiquer la théorie de Grand remplacement en la mettant en scène malicieusement ? Ce serait la meilleure hypothèse, mais la subtilité, ici, est un peu stratosphérique...

 

Plus sérieusement, voilà ici renvoyé, dos à dos, dans des affiches au coin de la rue, deux extrêmes dont on pourrait bien se passer. Il serait intéressant d'en savoir plus sur ce qu'ont été les réactions du public à cette affiche, dans le contexte de la campagne électorale pour les présidentielles, que l'on sait plus que sensible à ces questions. Encore faut-il que son contenu ait été compris...

 

Philippe Breton

ovipal

26 janvier 2022

 

 

 

(1) selon le baromètre Harris Interactive d'octobre dernier, 6 Français sur 10 estiment qu’un « grand remplacement » peut se produire en France.

 



28/01/2022
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