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Retour vers le Futur pour Europe Ecologie - Les Verts ?

 

Depuis 50 ans déjà, les insuffisances d’un projet politique très « auto-centré » …

sur les enjeux environnementauxet sur la seule question climatique ne suffisent pas ! …

 

Les Présidentielles ramènent au projet de l’écologie politique… délaissé depuis 50 ans par les écologistes français ! Depuis 50 ans déjà, les insuffisances d’un projet politique - plus qu’ « auto-centré » sur les enjeux environnementaux et sur la question climatique - pèsent lourdement sur l’avenir politique de l’écologie politique en France !

 

A l’évidence le mouvement Europe Ecologie Les Verts devra ces prochaines années faire avec l’énorme traumatisme politique des Présidentielles de 2022, avec moins de 5% des votes. Un cycle politique qui renvoie aux années 1970, celles de la politisation de l’écologie dite « politique ».

 

Certes le projet politique de la formation politique EELV (organisation créée en octobre 2010) aura certainement remis sur l’établi la réflexion autour de la « politisation » de l’écologie, - mais par le petit bout de la lorgnette seulement - puisque le mouvement écologiste qui était toujours resté dans l’orbite du Parti Socialiste, n’a jamais véritablement su choisir, su réfléchir au sujet de la question sociale, et bien plus fondamentalement pour ce qui concerne les questions de la marchandisation et de l’économie de marché.

 

A partir de 2017 libérés du PS, la liste EELV-JADOT (en 3ème position aux Européennes de 2019) entendait devenir LE pôle écologiste de rassemblement de la Gauche française.…

Aux Européennes, la liste emmenée par Yannick Jadot obtenait 13,5% des suffrages, surclassant les autres listes de gauche, mais aussi celle des Républicains, loin sous les 10%.

Charmé par l’embellie électorale, le tête de liste d'EELV proférait "Les Français nous ont envoyé un signal clair : ils veulent que l'écologie soit au cœur de leur vie et du message politique. Je suis content que les jeunes se soient emparés de ce scrutin ».

 

Le chef de file d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) déclarait viser la victoire à Gauche. Il termine finalement à la sixième place, lors de ces Présidentielles de 2022 sans parvenir à égaler le record de Noël Mamère en 2002 (se plaçant sous la barre des 5%).

 

Si la « capitalisation » des suffrages écologistes lors des élections Européennes de 2019 devait inaugurer un nouveau cycle politique pour la formation politique, cette dernière était néanmoins restée très longtemps clivée entre 2 choix cardinaux : « rester un Mouvement politique » enraciné ici et/ou là » ou bien «  muter en Parti politique » …avec un programme politique structuré autour d’enjeux de société, voire de civilisation.

 

Il est curieux de constater que l’enjeu ontologique de l’écologie politique en France n’a pas su se saisir et établir une véritable critique politique (sociale, voire socialiste) de l’économie de marché , un enjeu historique portant éminemment présent et situé aux origines de la politisation de l’écologie en France.

Lors de ce premier tour des présidentielles de 2022, la principale formation politique se revendiquant de l’écologie n’a pas été jusqu’à présent en mesure de relever ce défi.

 

Telle est la question pourtant posée au Mouvement écologiste.

 

L’incapacité (provisoire ?) à unifier les différents profils des électeurs écolos

 

L’étiage du vote écologiste peut varier (près de 10% en 1999, 16% en 2009 et 13% en 2019). Cependant la géographie de ce vote apparaît très stable depuis plus de vingt ans. Cette permanence indique que bien que l’écologie politique ne dispose que d’une expression électorale intermittente et irrégulière, mais… qu’elle peut tout de même s’appuyer sur une sociologie et sur un ancrage territorial réels et solides, ce qui est le gage d’un enracinement pérenne dans le paysage électoral.

Le vote Europe Écologie-Les Verts (EELV) est élevé dans les territoires les plus prospères que sont les grandes métropoles françaises. Le vote EELV est d’abord un vote urbain, son intensité étant d’autant plus forte que le nombre d’habitants dans une commune est élevé.

 

Le vote écologiste est donc nettement plus répandu dans les grandes agglomérations, mais -aux dernières européennes- il est à remarquer que plus de 1 électeur rural sur 10 a également voté pour cette liste, ce qui n’est pas rien du tout. Mais toutes les campagnes ne constituent pas des terres de mission pour le mouvement de Yannick Jadot. dans certains terroirs, - très ruraux et isolés, la liste EELV a enregistré de bons, voire de très bons résultats.

 

Dans certaines villes anciennement industrialisées, la politique environnementale et les actions en faveur de la transition écologique et sociale rencontrent aussi un certain écho auprès de la population.

En fait cohabitent deux modèles de société ou deux écosystèmes.

 

Le tropisme bio et écolo a aussi été renforcé par l’arrivée, depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui, de ce qu’on a appelé les « néoruraux » souhaitant prendre leurs distances avec la société de consommation et adeptes d’une forme de retour à la nature.

 

Tout cela a eu des effets sur le plan économique et social (des filières économiques se sont développées ainsi que des circuits de commercialisation) mais aussi sur le plan culturel et même institutionnel (développement durable, AMAP, projets d’écoquartiers, autonomie énergétique du territoire ou le compostage systématique….). Dans les villages ruraux où l’on retrouve le même type de microsociété (produits locaux et bio) le vote Jadot est important.

 

Néanmoins plus structurellement, la constitution du vote EELV renvoie à la distribution des différentes classes sociales avec une forte corrélation entre présence de CSP+ et le vote EELV.

A ce titre, le vote EELV peut varier significativement dans le cœur des métropoles en fonction du poids de certains segments de la population (professions intellectuelles, de la culture et de l’information, étudiants versus retraités ou cadres d’entreprise, par exemple) et des modes de vie. Finalement, le vote écologiste est nettement plus répandu en milieu urbain et plus spécifiquement encore dans le cœur des grandes agglomérations. La France Insoumise aura fini su « surfer » sur ce vote avec un programme nettement plus cohérent et bien mieux construit.

 

Cependant compte tenu du nombre d’habitants et de la diversité de profils socioculturels et idéologiques en milieu urbain, le modèle de transition écologique porté par le parti EELV sur le plan local et national n’est pas en capacité de s’imposer majoritairement dans les villes lors des présidentielles, comme cela peut être le cas dans certains villages qui jouaient le rôle de laboratoires ruraux.

Les 3 derniers scrutins qui se sont tenus en France entre 2019 et 2021, nettement en faveur d’un vote à « sensibilité écologiste »… MAIS cela ne semble pas suffisant pour fonder un programme de société !

 

Une dynamique électorale que la formation politique Europe Ecologie Les Verts (EELV) aura su valoriser en France, avec une percée en particulier dans certaines villes moyennes et grandes métropoles lors des municipales, comme par exemple à Strasbourg. Ces campagnes électorales successives et leurs résultats ont suscité une valorisation inédite et intense des idées écologistes et du projet politique d’EELV. Cette séquence aura favorisé l’émergence médiatique auprès du grand public du « tropisme politique » d’EELV, en terme de stratégie et de programme politique.

 

Le cycle d’alliances électorales avec le Parti Socialiste et ses avatars revient profondément questionner les sources de la politisation de l’écologie politique

 

Aux origines de l’écologie poilitique

 

Les premiers mouvements de politisation de l’écologie ont fait que l’écologie politique restait avant tout la libération et l’émancipation de l’individu pris dans une logique contradictoire d’abondance et de dépossession.

 

Aussi les premiers mouvements écologistes, dits de l’écologie culturelle, s’attachaient avant tout à reconquérir le sens vécu qui attache l’individu à tous ses milieux : l’idée de « monde vécu » développée par André Gorz n’était pas assimilable au milieu naturel, ou « environnement ». L’individu s’est trouvé privé de son espace, de ses désirs, ses aspirations, ses loisirs… à cause du progrès technologique expliquait Gorz.

 

Là où l’écologie politique est au départ une force critique et subversive, elle se trouve enrôlée dans une logique qui la dépossède de cette potentialité pour l’asservir aux nécessités du système et du marché. Il faut ainsi, pour Gorz, revenir au sens originel du mouvement, qui voit dans l’écologie une nécessité subjective ET politique.

EELV saura-t-elle retrouver le moment originel de la politisation de l’écologie pour penser un projet politique, son projet politique pour la société française ? Une page reste à écrire depuis très longtemps déjà.

 

Pascal POLITANSKI

ovipal

18 avril 2022

 

 



18/04/2022
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