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La décrue électorale du RN dans les grandes villes : un tournant ?

 

Dans la Région Grand Est, Mulhouse et Metz, sont les seules villes de plus de 100 000 habitants, où le parti « lepéniste » est encore présent au second tour. Ces 2 grandes villes du Grand Est sont celles qui donnaient le meilleur score au FN (RN à partir de 2018) dans la catégorie des villes de plus de 100 000 habitants dans la France septentrionale (seule la France du Midi méditerranéen faisait exception).

 

Le premier tour des élections municipales 2020 aura été un test politique, vraisemblablement un tournant, amorce d’un nouveau cycle dans les grandes villes en matière de sociologie électorale ?Dans l’ensemble des moyennes ou grandes villes, les scores RN se sont tassés ou ont très fortement chuté. Certes, avec une participation électorale qui aura été très faible au premier tour, les voix en faveur du RN ne pourront que progresser lors du second.

 

A Metz (taux de participation au premier tour de 31%), les trois candidats qualifiés seront bien en lice pour le second tour des élections municipales : Françoise Grolet (RN : 12%) qui affrontera François Grosdidier (LR et ses alliés Centristes : 30%) et Xavier Bouvet (EELV et ses alliés PCF/PS : 25%).

La chute est nette ; Mme Grolet n’avait fait pas moins de 21% des voix aux élections municipales de 2014 à Metz. Le RN bénéficiait d’une candidate connue et d’une élue -conseillère régionale -qui avait même inquiété le maire sortant Dominique Gros lors des élections cantonales de 2011 sur le canton de Metz-I. Mme Grolet ne sera sans doute pas en mesure de retrouver les 21% des voix qu’elle avait recueilli aux élections municipales de 2014.

 

A Mulhouse (taux de participation très faible de 26%) le vote RN ne peut que progresser. Mais comme pour la ville de Metz, nous pouvons légitimement nous demander si le RN (12% au 1er tour des Municipales 2020) réussira à retrouver les 21% de Martine Binder en 2014 (1er tour) ou 18% au second.

Cependant, ces élections municipales de 2020 montrent que, dans les villes, le vote RN n’est plus en mesure de peser véritablement sur le 2ème tour des Municipales comme en 2014 ; Mme Grolet, contrairement à 2014, avec près de 16% au second tour avait permis la réélection de M. Dominique Gros (PS) face à la candidate de l’UMP, Marie-Jo Zimmermann.

 

Rappelons nous aussi qu’à Strasbourg le maire actuel Roland Ries avec été réélu avec quelques 1500 voix d’écart (2%) face à Fabienne Keller (UMP-Modem) desservie par le maintien de Jean-Luc Schaffhauser (FN avec 8% au 2ème tour de 2020), alors que dans ces deux villes (Metz et Strasbourg), la droite y était majoritaire en terme de voix.

 

Enfin, nous pouvons certainement considérer que la contre-performance des listes RN reste largement imputable au niveau d’abstention élevé, qui semble avoir plus fortement touché les électeurs RN que les autres. Mais si à Metz comme à Mulhouse, le second tour affichera une progression du RN, il restera à en observer sa nature : celle-ci ne sera-t’elle que « mécanique » ou bien les scores de 2014 pourront-ils être de nouveau atteints (18% tout de même pour le RN à Mulhouse au second tour).

 

Un questionnement mérite d’être posé en termes de sociologie politique : celui de la pauvreté en milieu urbain. Parmi les sept pôles de plus de 100 000 habitants de la grande région, les habitants des villes-centres sont davantage touchés par la pauvreté que ceux des banlieues, sauf à Thionville. La ville de Mulhouse (la grande ville, la plus ouvrière du Grand Est) se détache nettement avec trois habitants sur dix vivant sous le seuil de pauvreté (1). À Metz, le taux de pauvreté s’élève à 21 %, principalement caractérisé par une forte pauvreté monétaire (2).

 

Le RN est-il encore en mesure de récolter des voix dans ces couches de pauvreté en milieu urbain ?

 

Pascal POLITANSKI

Diplômé de l’IEP Strasbourg

 

OVIPAL, le 22 juin 2020

Notes :

Insee Analyses Alsace-Champagne-Ardenne-Lorrain « Plus de mixité sociale dans les communes de banlieue des grandes villes que dans leur centre », 2016.

(2) « être pauvre au sens monétaire », c’est avoir un revenu très inférieur à celui dont dispose la plus grande partie de la population. Par convention, un ménage est considéré comme pauvre s’il dispose d’un revenu inférieur à 60 % du revenu médian. Ainsi, le seuil de pauvreté est fixé à 1041 € par personne et par mois (soit 60 % du revenu médian). En 2017, en France métropolitaine, la moitié des personnes ont un niveau de vie inférieur à 20 820 euros annuels, soit 1 735 euros par mois (niveau de vie médian) ».(Source Enquête Niveaux de vie − France, portrait social | Insee 2017)

 

 



24/06/2020
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